C'est le tango des forts en thème...

Publié le par Maylala


Je déteste le mot "élite".

Sont-ce mes gènes de semi-prolétaire? Ou de bêtes complexes? Très certainement.

Je vous parlais (rapidement) l'autre fois (il y a bien longtemps) de mon antipathie aux apparences de rancœur vis-à-vis des "intellos". Il y a là une proche parenté. Je déteste le mot "élite" et m'éloigne de tous ceux qui se qualifient ainsi, parce que par cette utilisation je me sens disqualifiée, rejetée.

Et la vieille frustrée que je suis n'a pas peur de le dire.




Cette aversion ne s'est pourtant pas déclarée très tôt.


Le mot a fait son entrée dans mon vocabulaire ambiant quand j'ai dû choisir ma filière au lycée, bien que l'expression consacrée ait été "la voie royale". Je n'y ai jamais cru, et mon choix s'est fait en rapport avec mes curiosités. S pour Synthèse de l'arôme de banane et pour virus du Sida.

Puis il en a été question au moment du baccalauréat, mais sans attardement. Ma mention m'a surtout valu un bon d'achat de 50 euros offert par le Rotary Club de ma ville, qui s'est transmuté en un jean lui-même très élitiste, et qui a très vite refusé mon entrée: je n'étais plus de taille.


Pour causes, une puberté tardive et l'intégration d'une classe préparatoire aux grandes écoles, une "prépa", et la mienne répondait au doux nom de BCPST (Biologie Chimie Physique Sciences de la Terre mais avec pas mal de Maths aussi).



C'était une prépa du genre sympa. Pas de prof spécialisé dans la descente en public et en règle, pas de coup vache entre élèves pour gagner des places, et pas de pressions autres qu'auto-appliquées et volontaires pour absolument réussir les plus grandes écoles.


Le mot élite, que j'avais si bien ignoré jusqu'alors, m'y est apparu comme une grossièreté qui venait de la bouche de grossiers personnages: de certains (très peu) de mes camarades de classe, qui de mon avis général avaient bien tort de se considérer comme des haut-de-panier; et de certains de mes professeurs, surtout en fait d'un seul, qui de l'avis général de ceux qui ne se revendiquaient pas comme élite était un abruti (et qui était aussi le seul à n'avoir connu au bout d'une année - où il n'enseignait que dans notre classe - que cinq ou six prénoms) (mais qui devait bien avoir un coeur après tout).

Ce professeur, bien sûr, était du genre à se rengorger du moindre de ses accomplissements.
Parmi ces accomplissements, il y avait l'étoile au firmament de sa prépa à lui, une des grandes prépas parisiennes, et une prépa non-bio, bien sûr.




Quelques années plus tard (mes crampes au cerveau soignées, mon nombre minimum exigible d'heures de sommeil revenu à 8 et, ma ville, ma Paris trouvée), par un hasard (ou un profilage!) malvenu, Facebook me propose de rejoindre un groupe (qui hélas n'existe plus).



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Henri, Louis et leurs copains, en tant que prépas réputées, je connaissais.
En tant que "simples" lycées, je connaissais aussi un peu, et détestais déjà cordialement les principes.
 

 

La Maison d'Education de la Légion d'Honneur, ça c'était le pompon.

 

 

 

 

Jamais je n'aurais pu intégrer ce collège/lycée-là. Ce collège/lycée-là est réservé. Il y a une certaine classe de la population (les filles et petites-filles de personnes ayant reçu la Légion d'Honneur) qui seule détient les entrées de cette portion de ce qu'on appelle "l'élite", et pour le coup, le mérite personnel passe totalement en second plan.

Je n'aurais pas pu non plus entrer dans les autres lycées élitistes cités. Je ne suis pas de Paris, je ne suis même pas du continent, et probablement, mon dossier n'aurait pas été suffisamment bon. Je ne serais même pas allée en école privée: ni mes parents ni moi n'en auraient eu l'idée. Et je n'ai pas eu pour premier voeu post-bac une prépa prestigieuse, je n'en ai jamais connu l'ambition.



Et l'ambition, et les cours privés, et savoir écrire à 4 ans et jouer du hautbois à 5, pour moi, depuis toujours, c'est un truc de petit-bourgeois, totalement étranger, un truc à quoi moi je n'ai pas eu droit.




Aujourd'hui, maintenant que je sais mieux où je vais, et maintenant aussi que je connais un peu les enfants que leurs parents préparent longtemps à l'avance à être l'"élite", je réalise que cela vaut sûrement mieux, étant donnée la personne que je suis, si j'ai surtout dessiné à la maternelle, surtout glandé et pensé à mes futurs amours au collège, surtout glandé et été amoureuse au lycée, et si j'ai choisi ma prépa super sympa où j'ai tout relativement glandé, pas mal appris de trucs chouettes, et pris le temps de me connaître et, eh bien, de vivre les événements comme ils se présentaient.





Cependant il me reste cette sensation qu'il y a eu triche, parce qu'il ne peut y avoir de titre si tout le monde n'avait pas le droit de participer.

 

Et bien sûr, il y a aussi un désagréable sentiment, celui d'être prise de haut de certains côtés.

 

 

 

 

Et alors je me souviens que lorsque j'étais en prépa, certaines des surveillantes de l'internat nous trouvaient bien condescendants, à demander des privilèges en vertu de nos statuts (les dits privilèges consistant pour la plupart, il faut bien le dire, en des aménagements pour que l'on puisse encore plus travailler).
Et puis il y a eu cette formidable mésaventure lors de laquelle mon moniteur d'auto-école s'est emporté à cause d'une de mes questions, parce qu'il m'avait déjà répondu ("oui mais j'ai pas compris la réponse") et que, "BON SANG, C'EST PAS PARCE QUE TU FAIS PREPA QUE TU DOIS TE CROIRE PLUS MALIGNE QUE MOI!!".


Bref, on ne voit de condescendance, parfois, que là où (plus ou moins consciemment) l'on se croit en-dessous.

 

 

 

 

 

Bref, je déclare la guerre au mot "élite", qui ne veut Rien dire (à chacun ses talents et tous ne sont pas mesurables ou même comparables), ainsi qu'aux affiliés limitants et vecteurs de préjugés.


J'élève solennellement "élite" au rang de gros mot, et celui d'"élitiste" au rang d'injure. Surtout quand il qualifie un professeur. 

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chris 26/06/2012 12:50


"surtout en fait d'un seul" (mais qui devait bien avoir un coeur après tout).


Merci de mavoir fait sourire sur cette juste description :)

Maylala 26/06/2012 13:29



Hé hé :D


De rien!



Jayce 01/06/2012 21:15


Le mot " élite " contient à lui seul toute l'exclusion du monde... il sont supposé etre les meilleurs mais on ne sait pas en quoi ils sont meilleurs... et je crois qu'ils jouent exactement sur ce
point. enfin je dis ça je dis rien.

Maylala 03/06/2012 19:32



Dis-donc, je croyais ne plus te voir ici... Merci.


Et c'est simple, ils sont les meilleurs en convaincre les autres qu'ils sont les meilleurs :) et je crois que tu as tout à fait raison. 



Artie 31/05/2012 10:10


J'ose à peine vous/te demander ce que vous/t'inspire l'expression " reproduction des élites " !!

Maylala 03/06/2012 19:35



Héhé :)


On peut se tutoyer, on est sur Internet après tout!



k. 31/05/2012 06:54


D'acc avec toi.
Cela dit jvoudrais pas faire ma mauvaise langue mais vu comme la légion d'honneur, finalement, ils la donnent un peu à tout le monde et n'importe qui, ça veut encore dire qqchose la maison
d'éducation de la légion d'honneur? ^^


(bon je sors) 

Maylala 05/06/2012 22:42



:)
Je viens de re-regarder La Panthère rose, le film, l'un peu récent (avec Beyoncé :) ), et on y donne la légion d'honneur à un certain inspecteur... Et si c'est un peu comme ça que ça se passe,
oui, ça ne veut plus dire grand chose!


bises k. et à bientôt j'espère!



laureen C 30/05/2012 13:05


Ah! Je suis fière de moi, j'ai trouvé ton blog, j'ai lu ton article et j'ai même trouvé où faire des commentaires...Bon bon, tout ça pour dire que c'était pas mal, peut-être est-ce parce qu'à
travers ton récit je revis un peu ma propre expérience!lol!

Maylala 31/05/2012 06:33



Je te fais savoir tout de même (mais que ça ne retire rien à ta fierté de toi!) que je mets un lien sur mon compte FB à chacun de mes articles, et que tu fais partie des heureux élus pouvant
accéder à mes publications FB :)


Mais pour les commentaires, vraiment, ce n'était pas facile, et tu en es venue à bout, bravo!


Reviens quand tu veux, avec peut-être plus de confrontations d'avis et d'expériences différentes dans l'air?


Bises (et merci d'avoir commenté, ça fait super plaisir)