Conte blanc - partie 2

Publié le par Maylala


"Bonsoir, homme venu de loin. Veux-tu boire de mon eau? Si tu restes avec moi toute la nuit, je t'y autoriserai quand le matin sera venu."

Alors le voyageur oublia sa fatigue et sa faim, et accepta. Il passa la nuit entière à discuter avec l'apparition de la fontaine, et surtout, à l'admirer. Ses souvenirs ne remontaient certes pas au début de sa vie, mais il savait que jamais il n'avait vu de figure aussi belle, et que jamais il n'aurait pu en imaginer d'aussi claire, d'aussi délicate, d'aussi noble et d'aussi éternelle à la fois.

Et quand le ciel s'éclaircit, l'homme fut invité à boire. Il se saisit donc d'une timbale qu'il avait toujours sur lui et la plongea dans l'eau. Aussitôt, la surface fut troublée, et le visage disparut. Et au moment où le voyageur porta l'eau à ses lèvres, il sut qu'il était éperdument amoureux.



Cela eut lieu pendant une nuit d'automne. Le voyageur oublia de voyager jusqu'à l'hiver.
Il ne quittait plus la fontaine que la journée, pour s'abriter du soleil comme si sa lumière lui était mortelle. Il revenait seulement quand il était assez bas, s'asseyait sur son rebord, et attendait.

Le visage n'apparaissait pas toujours, et quand il était au rendez-vous, il était rarement aussi net que cette première nuit. Parfois, il ressemblait d'ailleurs davantage à une tâche de lumière à la surface de l'eau, et ses propos étaient alors flous, et comme lointains.

Celui qu'il ne convenait plus d'appeler le voyageur avait perdu toute notion du temps, et en conséquence, il ne pensait même plus à se nourrir. Il n'avalait d'abord pour tout repas que sa rituelle gorgée d'eau de la fontaine le matin, mais un soir il trouva du pain et du fromage près de la fontaine, et après ça, il en revint chaque jour.

Les villageois connaissaient maintenant tous "le fou de la fontaine". La villageoise qu'il avait effrayée, la première nuit, racontait à qui voulait l'entendre que son mari ne l'avait pas crue, et que décidément, il ne la prenait pas plus au sérieux que son ancien époux. Ceux qui habitaient près de la fontaine, eux, juraient que chaque nuit, ils voyaient à travers leurs fenêtres le fou parler... à la lune.



L'hiver vint, et la surface de la fontaine se mit à geler. L'amoureux fou était horrifié par cette transformation. Chaque nuit, le visage qu'il aimait tant était encadré d'un peu plus près, un peu plus étouffé par la glace, et un peu plus inerte. Jusqu'à un matin où l'eau transparente fut entièrement changée en glace toute blanche.

Alors le fou de la lune, qui n'avait jusque là ennuyé aucun habitant du village, se mit à apostropher tous les passants, à frapper aux portes, même, certaines nuits, demandant qu'on vienne l'aider à libérer sa fiancée de sa prison de glace!

On le voyait désormais près de la fontaine toutes les nuits, sous le ciel gris. On le voyait pleurer sur la surface glacée et, vite, essuyer ses larmes avant qu'elles ne gèlent à leur tour.



Vers le milieu de l'hiver, un petit enfant bien intentionné lui fit remarquer que la lune n'avait pas disparu, voulant parler de celle qui brillait dans le ciel, mais le fou ne regardait plus le ciel. Il ne regardait plus que sa fontaine. Alors il reconnut dans le large disque de glace la blancheur fantomatique du visage qu'il chérissait. Il se remit à parler à la surface de l'eau, et la détesta de ne pas répondre. Mais il resta.

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jayce 01/05/2011 22:25


arf... ça a l'air d'etre triste ton histoire là ma chèrie !! ... vite la suite ... :0d


Maylala 01/05/2011 22:26



Un peu de courage! Continue!