Conte roux, partie 1

Publié le par Maylala


[Dédicacé à un certain petit lutin, qui m'avait demandé une histoire pour s'endormir. Qu'il n'y voie aucun message caché, c'est simplement une version personnelle d'un conte que j'ai lu, petite, et qui m'avait fait une impression forte mais floue. Je le mets en trois parties, une par jour, parce que c'est comme ça que je l'ai lu et parce que trois c'est bien pour un conte.]

 

 

 

Il était une fois, en un pays lointain, un fermier qui passait pour être très beau. S'il fallait bien lui reconnaître une certaine jeunesse et des mains délicates, sa beauté tenait surtout à la façon dont il irradiait de bonheur et de félicité en toutes circonstances.

Dans le village où il se rendait, une fois par semaine, pour vendre les produits de son labeur, il y avait une jeune femme, elle aussi réputée très belle, mais aussi un peu sorcière. Il faut dire qu'elle avait charmé plus d'un villageois et plus d'un étranger de passage, et qu'elle les avait tous rendus presque fous. Elle vivait un peu à l'écart, dans une petite maison de la cheminée de laquelle on voyait monter, la nuit, de la fumée orange.

Il advint un jour que cette femme mystérieuse entendit parler de la beauté du fermier. Dès lors, on la vit tous les dimanche sur la place du marché, sa chevelure couleur de feu ondulant dans le vent.
Elle commença par lui acheter un oeuf, revint la semaine suivante prétendant qu'il était meilleur que tous ceux qu'elle avait goûtés dans sa vie, promit de ne plus en acheter qu'auprès de lui, et puis elle fut là à chaque fois. Et il semblait que chaque dimanche ses joues étaient plus roses, ses cheveux plus parfumés, et le décolleté de sa robe plus arrondi que la semaine précédente.
Et bien que le fermier ne refusa jamais de discuter avec elle, bien qu'il ne lui refusa jamais un sourire, la belle désespérait, car toujours il restait lointain, n'offrant que politesse là où était attendu un vif intérêt.

Un jour qu'il se préparait à repartir, la jeune femme lui demanda pourquoi il rentrait toujours si vite et toujours à la même heure, et la réponse qu'il lui fit la rendit folle de rage:

                                                                        "Je vais retrouver ma femme".
Et il partit, le sourire aux lèvres, le regard plus lointain et plus heureux encore que le reste du temps.


Quiconque aurait entrevu l'épouse du fermier aurait immédiatement compris l'étrange expression qu'il avait toujours sur le visage, et son empressement hebdomadaire à rentrer.
La vie qu'il menait à sa ferme aurait pu lui paraître infernale, car il lui fallait travailler très dur pour un très faible rendement, car il avait neigé jusqu'en mars les trois hivers précédents. Mais il y vivait comme au ciel, parce que son épouse était semblable à un ange.
Pas par sa mise, car ils étaient fort pauvres, ni par le travail qu'elle abattait chaque jour courageusement comme une bonne paysanne. Mais par ses yeux clairs comme les cieux, son teint pur, son rire cristallin, la douceur et la grâce qu'elle mettait dans chaque geste, par son pas qui semblait effleurer le sol, et surtout par son coeur en or... On aurait dit un trésor venu tout droit du paradis, un trésor inestimable que le fermier ne se lassait pas d'admirer.

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