Conte roux, partie 2

Publié le par Maylala


Le dimanche suivant, la jeune femme rousse ne vint pas acheter d'oeufs au fermier.
Folle de jalousie, et bien trop fière pour songer à renoncer, elle avait découvert où il habitait, et avait décidé de profiter de l'éloignement du trop heureux mari pour rendre visite à sa rivale.

Elle frappa donc à la porte de la chaumière, vêtue de guenilles et le masque de la misère imprimé sur son visage à l'aide de charbon. Un peu mieux vêtue, à peine plus propre car elle revenait du poulailler, la femme du fermier apparut, et même ainsi, sa beauté était époustouflante.
Enragée de plus belle, la fausse mendiante réclama à manger, et fut servie, dans la vaisselle la moins ébréchée de ce modeste ménage, une omelette faite des oeufs fraîchement ramassés.

A la fin de ce repas, elle arracha trois de ses longs cheveux roux, et se mit à les tresser en un anneau, fin et délicat comme un bijou de cuivre. "Acceptez, je vous en prie, ce modeste témoignage de ma reconnaissance!", susurra t-elle, et sans attendre, elle le passa au doigt de la généreuse hôtesse.

 

                                                                                        


En rentrant chez lui ce soir-là, le fermier fut surpris de ne pas voir sa femme venir au devant de lui.
Il fut encore plus surpris, en entrant, de ne pas sentir l'odeur de la soupe en train de mijoter, de ne même pas avoir de feu auprès duquel se réchauffer.
Il se mit alors à chercher, puis à appeler, puis à nouveau à chercher... En vain. Sa tendre épouse avait disparu.

 

                                                                                                   

 

Les jours qui suivirent furent plus noirs que des nuits sans lune. Le pauvre fermier errait sans but, hurlait le prénom de sa femme dans la forêt avoisinante. Il ne nourrissait plus que ses poules, en souvenir de celle qui s'en était toujours chargée, et aussi parce qu'il avait trouvé les restes de la cuisson d'une omelette, et qu'il se figurait que ça avait été le dernier repas qu'avait pris la disparue. Il avait aussi trouvé, près de la planche qui leur servait de table, un anneau dont la couleur lui était étrangement familière, mais qu'il n'avait jamais vu au doigt de sa femme. Tout le jour durant, il le faisait tourner, l'observait sous tous les angles, s'interrogeant sur le secret qu'il pouvait renfermer.

Quand le dimanche vint, le fermier partit pour le village. Il voulait y interroger les habitants sur le passage, peut-être, d'une belle inconnue, et aussi y acquérir un piège à renard, car il en avait surpris un qui rôdait près du poulailler.
En chemin, tout entier adonné à son chagrin et à son désespoir, il faisait encore tourner l'anneau, machinalement, entre ses doigts, quand, fragilisé qu'il était par ces manipulations nerveuses, celui-ci se rompit. Alors le fermier le porta à ses yeux, et il vit qu'il était formé de fils. De fils roux.

Publié dans écriture

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samuelito 27/03/2011 06:52


la suite !! la suite !! la suite !!


Maylala 27/03/2011 11:17



Rendez-vous tout à l'heure, et comme tu n'es pas du même fuseau horaire, j'avance l'heure prévue de publication. Ca te fera du 21 heures, 19 ici (et vive l'heure d'été)