Conte roux, partie 3

Publié le par Maylala


Au village, le fermier avait été vite renseigné. La femme rousse avait disparu depuis une semaine. La fumée orange ne montait plus de sa cheminée. On avait bien essayé de le mettre en garde, mais celle qu'on croyait sorcière, et dangereuse, était toujours restée là auprès de lui, et lui partait toujours trop vite, et on s'était dit que rien ne pressait encore, et on en était désolé.
Personne n'avait aperçu sa femme, et personne n'avait d'espoir qu'elle réapparaisse un jour. "La rousse aura vendu son âme pour la faire disparaître", avait-il entendu murmurer quand il avait eu le dos tourné.

Le malheureux était donc rentré chez lui, et y vivait presque comme une bête. Le peu d'énergie qu'il lui restait ne servait qu'à honorer la mémoire de sa femme, à se faire mille reproches, et parfois, à la chercher encore.
Il s'occupait maintenant de ses poules comme il pensait qu'il aurait dû s'occuper d'elle, c'est à dire qu'il ne les quittait jamais bien longtemps. Les nuits où il parvenait à fermer l'oeil, il se réveillait en sursaut et courait au poulailler s'assurer que tout allait bien.
Son délire était entretenu par les visites régulières du renard de la première semaine, qu'il n'avait pas réussi à piéger. Les poils luisants de l'animal avaient la même teinte et le même éclat que les cheveux qui constituaient la bague, et assurément, il convoitait la chair des poules comme la sorcière avait eu faim de leurs oeufs. Aussi le fermier associait le renard à la femme qui avait fait son malheur, et le chassait-il chaque fois avec violence. Mais la flamme de sa queue reparaissait toujours.

Un soir qu'il n'avait pas vu le renard depuis plusieurs jours, il le trouva pris dans un piège, la patte ensanglantée. Il était immobile, et cela surprit le fermier. Il réalisa qu'il s'attendait à ce qu'un animal qui avait fait preuve de tant d'obstination jusqu'ici aurait tenté de se ronger la patte, et peut-être même de revenir une fois cicatrisé. Il réalisa ensuite qu'il prêtait de bien humaines intentions à un voleur de poules. Puis il se dit qu'en fait, aucune poule n'avait jamais été volée...

Et il regarda le renard comme on regarde un humain, dans les yeux. Des yeux dont il vit pour la première fois la couleur bleue... Des yeux qu'il vit se remplir de larmes. Des yeux qui disaient "C'est moi!", et aussi, quelque part, "J'ai mal". Et il se mit à pleurer aussi.

Un cri de femme retentit au loin dans la forêt. Alors, sous les yeux embués et ébahis du jeune fermier qui avait tant souffert, le renard se changea en ce qui ressemblait à s'y méprendre à un ange. Mais ce n'était qu'une  jeune femme qui avait su continuer à croire en l'homme qu'elle aimait.

 

Et ils vécurent heureux, amoureux donc éternellement beaux, et n'entendirent plus jamais parler de la voleuse à la chevelure de feu.

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lutin-attendri 26/03/2011 23:39



Grand merci pour ton aide, je vais pouvoir maintenant m'endormir tout à fait : ton conte servira d'illustrations dans le texte de mon premier rêve ;)



Maylala 26/03/2011 23:48



Bonne nuit, mon petit!