Der Rock ist aber kurz!

Publié le par Maylala

 

(Mais, pardon, cet article est über long.)


 

 

On (= des français) me demande souvent pourquoi j'erasmuse en Allemagne, malheureusement souvent en sous-entendant, "moi je n'aurais sûrement pas fait ce choix".

Et je me retrouve à tenter d'expliquer pourquoi l'Allemagne est formidable dans sa modernité, à faire comprendre qu'il y a une culture très riche qui en découle, et à essayer de montrer qu'on a mille leçons à tirer de ce pays. Sauf que pour être vraiment convaincante, il faudrait que j'aie vécu tout ça de très près. Une mission sur encore trois mois. (Ça fait court...)

 



En fait, j'aime l'Allemagne depuis une phrase d'Allemand que j'ai dû apprendre, une des premières (alors oui, il y a ça aussi: la plupart des gens n'aiment pas l'Allemand, lui préférant des langues plus ensoleillées à la musicalité facile, n'ayant aucune idée du plaisir que l'on peut avoir à articuler comme il faut un Fischers Fritz fischt frische Fische, frische Fische fischt Fischers Fritz*) (ma parole, cet article s'annonce comme une ode à la parentheseté) (je suis malade et stressée par un déménagement, pour ma défense).

Cette presque-première-phrase (vous l'aurez deviné) était la suivante:

                                           "Der Rock ist aber kurz!"  (Ta jupe est tellement courte!)

 

 

 

Le jour où je l'ai entendue, j'étais en quatrième, et je découvrais à peine ce que signifiait la féminité. A vrai dire, elle signifiait alors pour moi surtout l'appartenance à un groupe, et la nécessité, pour s'en faire accepter, d'en suivre les règles.

Parmi lesquelles (vous savez bien, collège, règne des apparences, blablabla) une grand majorité d'impératifs cosmétiques et vestimentaires, dont le port de jupes faisait partie, pas aussi essentiel que l'horrible chouchou ou, hum, le string (la belle époque!), mais tout de même dans le top 5.

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Je l'avais vue venir, celle-là, même que ça avait commencé à l'école primaire, quand les petites filles les plus populaires étaient celles dont les jupes montaient le plus haut quand elles jouaient à tourner sur elles-mêmes.

Ce que j'avais moins vu, c'est que bientôt, l'amplitude compterait bien moins que la longueur, et qu'alors que comprendre la règle, au primaire, était un jeu d'enfant (plus ample = mieux, et des jolis dessins dessus rapportent des points), au collège, l'histoire était toute autre... Une sorte de graphe en forme de cloche, longueur en abscisse, taux de réussite en ordonnée, avec un optimum différent pour chacune. Et voilà qu'il s'agissait de trouver le sien.


Un jour, je m'étais pointée au collège avec une mini-jupe, marron, à volants, trois pour être précise, en espèce de lycra, un truc  à la mode dans le temps, du moins à La Réunion, et que je renierais farouchement aujourd'hui mais enfin, un goût, c'est comme une féminité, ça se construit et visiblement j'en étais aux balbutiements. (Ah, et ma mère n'avait pas voulu me l'acheter, au début, elle savait bien qu'elle était un peu bord-de-cloche, mais j'avais insisté.)

 
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(C'était à peu près ça, mais en tissu fait à 98% de plastique et en très élastique, ça le fait carrément moins)

 

 

 

J'étais une petite fille bien sage, et en gentille studieuse demoiselle, j'allais monter à la bibliothèque, que l'on ne pouvait atteindre, évidemment, que par des escaliers ajourés plantés en plein milieu du préau.

Alors avec mille précautions, j'avais commencé à monter: première marche, la jupe remonte de dix centimètres (et à ce niveau là, dix, c'est décisif); deuxième marche, je la retiens tant bien que mal en tirant sur l'arrière, et veille à éloigner le moins possible mes cuisses l'une de l'autre; troisième marche... la conseillère d'éducation me dépasse, me lance un "Vous auriez dû vous acheter un volant supplémentaire", et me laisse là, les joues en feu, les larmes aux yeux, sincèrement, une des plus grandes humiliations de mon existence (j'ai dit que j'étais une petite fille sage, et bien ça n'avait rien de passif, je mettais un point d'honneur à être exemplaire en ce temps-là, surtout vis à vis des adultes incarnant l'"autorité").


J'étais en classe de sixième, je n'étais pas encore au courant pour les sous-vêtements imposés, ou pas concernée, je n'étais en fait pas concernée par grand-chose encore mais j'avais voulu faire comme les autres, assez innocemment, et j'ai envie de dire, c'était "bien", positif, un pas vers le milieu social ambiant. Et une adulte, pas même un collégien moqueur (qui somme toute en aurait eu la légitimité ou tout du moins qui aurait eu l'excuse de sa jeunesse), m'en avait coupé toute envie. Je n'allais pas re-tenter le coup avant longtemps.


Et voilà, classe de quatrième, en duo jean/pull-informe-qui-noie-toute-impression-de-silhouette-porté-même-par-30-degrés-à-l'ombre, deuxième ou troisième cours d'Allemand LV2, et dans le magnétophone grésillant, la voix de cette jeune fille de mon âge qui s'entend reprocher la longueur de sa jupe par sa soeur jumelle, elle habillée comme un garçon... ça a fait tilt. Et je me sentais proche de l'une et de l'autre, de la première parce que son "aventure" ressemblait à la mienne, de la deuxième parce qu'elle portait une veste en cuir (Lederjacket) et que (mes goûts s'étant améliorés entre temps) je trouvais ça assez cool, et j'étais admirative des deux parce qu'elles avaient choisi leurs styles et qu'elles les assumaient (toutes ces leçons de vie qu'on peut apprendre dans un dialogue de deux lignes, c'est fou!), et qu'elles les défendaient.


Et l'Allemagne était devenue pour moi le pays où porter une jupe courte ou une veste en cuir était un choix personnel, qui ne concernait pas le moins du monde les garçons, ou les parents, ou les conseillères d'éducation, et où, zut alors, on avait "le droit".

 

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(J'ai essayé de trouver une des bd qui illustraient ce livre, avec Lena Lisa Jonas et de la Kartoffelsalat, en vain.)

 


Je ne sais pas encore si c'est vrai, et s'il y a une attitude particulièrement allemande vis à vis des jupes (ou plus généralement de l'apparence), il me reste trois mois pour le découvrir.

Et bon, que l'on ne m'interprète pas de travers: à La Réunion, en fait, on l'a, le "droit", pourvu qu'on assume, et puis les garçons sont les derniers à avoir quelque chose à y redire, les tout derniers. (Un jour je vous parlerai de mode de là-bas, quand j'y serai retournée ça sera bien.) Ce dont je vous parle n'a rien de réunionnais, le coup des strings non plus (quoi que ...), je crois que ça ne concernait que mon collège, ou seulement la vision que j'en avais.

 

 


Et pour en revenir à l'Allemagne: ce qui m'a fait l'aimer (un peu plus sérieusement), c'est aussi Arte, la chaîne de télévision franco-allemande. Quand on me demande pourquoi l'Allemagne, en fait, je pourrais répondre en filant un lien vers les émissions Karambolage, par exemple.

Et pour en revenir aux jupes... Sur le site internet d'Arte, vous pouvez jeter un oeil à cette vidéo (française celle-là), et aux autres sur le même thème. J'ai adoré la première, où l'on entend sur un peu tous les sujets reliés des choses très justes, avec une sincérité évidente, des points de vue très différents pour une opinion commune (et favorable), et où accessoirement on voit Maïa. J'ai eu l'impression que tout avait été dit, et je n'ai donc écrit un article que pour écrire ma première histoire de jupe à moi, et j'en profite pour vous demander ...de me raconter les vôtres!

 

 

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* : je parle très peu et assez mal l'Allemand, je suis donc très mal placée pour vous donner des leçons, mais j'aime bien le faire quand même!

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Laurence 02/06/2011 14:59



Je partage totalement ton point du vue sur les premières phrases de l'article. J'ai également fait Erasmus en Allemagne, et personne n'a compris pourquoi. 2 ans avant, j'étais partie en Espagne,
plein de potes étaient venus me voir; en Allemagne, pas un n'a fait le déplacement.


Je suis tombée amoureuse de l'Allemagne durant cette période, de leur de culture, de la langue, et oui, il y a un plaisir à prononcer Fischers et Fritz.


Et concernant les jupes, les allemands ne te sautent pas dessus quand t'en portes une et les allemandes ne t'assassines pas du regard comme en France!



Maylala 02/06/2011 22:15



Et ceux de mes amis qui ont vécu en Allemagne ont adoré, eux aussi! Ce sont d'ailleurs eux qui ont affirmé le vieux rêve que je me traînais depuis l'année de 4ème.


Et pour les autres, eh bien! Ils ne savent pas ce qu'ils manquent!


 


Par ailleurs, bonjour Laurence, et sois la bienvenue ici quand tu voudras!



Mademoiselle Catherine 01/06/2011 16:48



(liBération*)



Maylala 02/06/2011 13:04



Je ne peux pas éditer les commentaires des gens, et puis bon, ce n'est pas di grave :D


 


EDIT: si* (qu'est-ce que je disais!)



Mademoiselle Catherine 01/06/2011 16:47



Le front de la lipération des jupes, j'y suis depuis des années pour la simple et bonne raison que n'importe quel futal demande 15cm d'ourlet. Alors qu'une bête tunique toute simple me fait
office de minijupe :)


Quant à l'ouverture d'esprit des Allemands au sujet des codes vestimentaires, elle n'est plus à faire (d'ailleurs, Maïa en parle souvent - et bien mieux que moi - sur son blog).


Bon Erasmus, et vive la jupe !



Maylala 02/06/2011 13:02



C'est une excellente raison! Complètement omise dans les reportages d'Arte!


Et si c'est bien vrai que l'on peut porter à peu près ce qu'on veut ici en Allemagne, je dois dire que je ne me privais pas non plus à Paris. La différence, c'est qu'ici ça n'est absolument
jamais pesant. Mais ce que je regrette un peu c'est que dans la ville où je vis, peu de gens en profitent pour se montrer vraiment créatifs (ou fous!). J'ai des envies de Berlin. (Mais encore une
fois, je me trompe peut-être du tout au tout, mettons que j'ai envie de mettre mes projections face à la réalité)


 


Et vive la jupe aussi, et je tâcherai que mon Erasmus continue sur sa bonne voie, merci, et à bientôt!



k. 18/05/2011 14:20



Oui je le néglige beaucoup ces temps-ci mais l'hiver est bien là si glacé et rien ne vaut un gros pull informe pour se lover dedans :)



k. 15/05/2011 18:10



Hello, pour ma part l'allemand m'est une langue totalement hermétique (guten tag et danke shon c'est bien le maximum que j'en connaisse),  mais je trouve bien d'avoir des expériences
interculturelles variées quelles qu'elles soient. Et ton billet m'a replongée dans la nostalgie des années collège-lycée immédiatement (et même des dialogues exotiques des cours d'anglais et
d'espagnol, pour moi) et de l'uniforme-informe-qui-sert-de-bouclier... je n'étais pas adepte des minijupes, bien que j'en ai eu (mais des "tubes" moulant le truc atroce) et personne ne m'a rien
dit, heureusement... cela dit, je suis contente d'en avoir mis à cette époque, parce qu'aujourd'hui pas moyen, et du coup je n'en aurais jamais porté sinon ;)
PS; et j'aime bien arte et maïa mazaurette aussi!



Maylala 18/05/2011 09:36



j'espère seulement (bon, je n'ai pas besoin d'espérer, je sais, facile de savoir vu que tu te dessines :) ) que c'en est fini pour toi du pull informe, en tout cas pas par tous les
temps!