Du goût de l'effort (ou Comment intituler pompeusement le récit d'une anecdote sans profondeur aucune)

Publié le par Maylala

Quand j'étais petite, je voulais avoir un ordinateur. (J'étais petite du temps où les gens en avaient quand même rarement)

 

Comme il tardait à m'en tomber du ciel, avec une de mes cousines, nous nous étions mises en devoir d'en fabriquer un.
Nous avions trouvé quelque part la boîte à chaussures idéale, car en une seule partie, qui s'ouvrait comme un coffre, et avions collé au fond du "couvercle" un bloc de post-it, faisant office d'écran. L'idée était d'en faire un ordinateur portable. La grande classe.

Dans le "corps", nous avions placé diverses choses utiles, comme des feutres qui devaient permettre de changer l'image à l'écran, des crayons et une gomme quand nous avions compris qu'il ne nous resterait pas éternellement une feuille jaune derrière la précédente, un quelconque objet relié à un fil faisait office de souris, et puis nous avions chopé quelque part une calculatrice qui faisait office de pavé numérique et symbolisait le haut niveau technologique que nos yeux d'enfants voulaient voir dans la bête. Et pour le clavier, qui nous semblait être l'élément majeur, on avait consciencieusement dessiné une par une les touches dont on pensait qu'un ordinateur disposait, ce qui devait se limiter aux lettres (dans l'ordre alphabétique) et après réflexion, à la touche espace. Et puis, parce que le tout nous paraissait un peu vide, on avait ajouté au feutre boutons et voyants multicolores.


C'est dire si nous avions une vision précise de ce qu'étaient les ordinateurs portables de l'époque.

 

 

http://www.benjerry.fr/blog/wp-content/uploads/2010/11/vieil-ordinateur-portable-toshiba.jpg

 

 


La construction étant achevée, la suite du programme avait été plutôt décevante. Quelques essais pour trouver l'image idéale à afficher à l'"écran". Une mise en scène de notre grand bonheur à y jouer destinée à rendre jaloux nos petits frères. Une discussion très adulte avec eux pour leur expliquer qu'ils étaient bien trop jeunes et qu'ils manquaient bien trop de délicatesse pour qu'on leur prête. Une demi heure à faire la gueule parce que leurs pleurs avaient bien mieux convaincu les parents que nos arguments. Dix minutes à y jouer réellement et avec les petits frères, avant que tout le monde ne s'en désintéresse.

Ce que j'avais eu du mal à accepter. Nous nous étions donné tant de mal!

 

 



Ma mère avait fait l'acquisition, peu de temps auparavant, d'une série d'encyclopédies "Junior", qui brillent encore aujourd'hui dans la bibliothèque familiale, tant ils ont servi depuis. C'était bien entendu moi qui avait insisté pour les avoir, d'abord parce qu'il me semblait que c'était la moindre des politesses après que le vendeur au porte à porte m'avait si bien divertie, et ensuite, surtout, parce qu'il avait promis qu'y seraient joints des cadeaux.

(Oh! La mémoire me revient, et cette histoire s'éclaire d'un jour nouveau et tout à fait accessoire.)

 

 

Donc, parmi ces cadeaux, il y avait un ordinateur portable, enfin, un Vétech*, mais alors, un qui en jetait, gris et noir, avec de la couleur dans l'écran (genre: des touches de rouge). Que ma mère (après m'avoir laissé largement assez de temps pour concevoir mille images merveilleuses de ma vie future  avec l'objet qui devait devenir mon meilleur ami) m'avait annoncé vouloir offrir à mon petit frère pour son anniversaire. Comprends-tu ma chérie les encyclopédies sont pour vous deux mais c'est surtout toi qui t'en serviras elles ne sont pas vraiment de son âge. Oui maman. Tu m'étonnes que je n'aie pas voulu prêter mon ordi en carton. Et que je n'aie quasi jamais ouvert ces encyclopédies.

(Voilà pour le jour nouveau et accessoire.)http://www.vtech-jouets.com/fr/images_db/pnu3380-29545.jpg

 

  

Et puis parmi les cadeaux, il y avait aussi un correcteur d'orthographe*. Un petit appareil avec des touches alphabétiques et les accents et tout, où on entrait un mot et qui en affichait la bonne orthographe sur son petit écran, et peut-être même une définition. Une merveille de technologie made in China. Qui avait tout autant attiré ma convoitise, mais dont la petitesse, l'apparence adulte et ma générosité naturelle (je pensais encore avoir le Vétech avec son écran plus coloré et ses fonctions plus variées) m'avaient fait apparaître comme la juste rémunération de ma mère pour son effort. Elle l'avait donc empoché (je ne sais pas si elle en avait réellement envie, étant donné que ma mère, sachez-le, ne fait jamais de faute d'orthographe).


http://ecx.images-amazon.com/images/I/51GwfVSpPUL._SL500_AA300_.jpg


Revenons donc à mon ordinateur de carton.


Ayant conclu de son échec à nous amuser qu'il ne disposait pas de suffisamment de gadgets, j'étais allée quérir auprès de ma mère ce fameux correcteur, prétextant (avec l'assurance que me donnait déjà dans mes mensonges leur crédibilité) un doute étymologique. Et j'avais placé l'appareil au milieu de mon clavier, pour voir quel effet il y ferait en tant que remplaçant. Et il était bien trop petit. Et mon écran derrière ne servait plus à rien. Quelques essais d'autres placements infructueux plus tard, je me rendais compte que le correcteur, avec son couvercle pivotant, ses touches et son écran, était déjà un ordinateur portable, en plus petit. Et qu'il se suffisait à lui-même. Ce qui le rendait encore moins amusant que ma machine de carton.

Alors je l'avais rendu à ma mère et étais allée jouer à cache-cache avec les autres.

 

 

 

Je vous laisse en retirer les leçons qui s'imposent.

 

 

 

* : c'est fou, mais ce genre d'objets, l'ordi et le correcteur, c'est des trucs qui ont à peine changé de depuis ce temps-là, et qui se vendent encore!

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