Foire à l'analogie: Observation

Publié le par Maylala

(En gris, longue intro inutile)


Je pensais, après avoir croisé le petit garçon du magasin, que pour le moment, dans ma catégorie "Gens", il n'y a guère que des enfants.


Je pensais à la manière dont je pourrais le justifier (je m'imagine souvent que je suis quelqu'un d'assez important pour que l'on me pose des questions sur mes motivations, et j'y réponds assez sérieusement, par souci de réalisme). Et je me disais (en me vouvoyant, bien sûr):


"Voyez vous, les adultes ne se laissent pas observer, en tout cas s'ils remarquent qu'ils le sont, ils changent de comportement. Le problème étant qu'ils choisissent alors en piochant dans une base plutôt pauvre, contenant essentiellement de la gêne, de l'intimidation faite de colère ou de mépris, ou bien ils se mettent en scène comme étant ceux qu'on pense qu'ils voudraient être. Moi même, je choisis le plus souvent une mise en scène maladroite.


Mais les enfants, déjà, s'aperçoivent rarement qu'on les observe, car ils ne l'envisagent même pas. Et puis, qu'ils remarquent qu'on leur porte de l'attention, à un moment donné, et bien (si tout de même l'on n'est pas insistant) ils auront été gênés cinq secondes, et auront tout oublié en cinq de plus.


Peut-être sont-ce les seuls à échapper à la fameuse règle selon laquelle l'observation modifie l'objet observé?

 

Euh, finalement, j'ai comme un regret, on peut effacer la phrase d'avant?..."


(Pardon, j'ai introduit longuement pour le seul plaisir de rendre réels les fruits des amours de mon imagination et de mon égo.)


Voilà donc où je voulais en venir: La "règle de l'observation".


Elle n'est pas sans fondement: en effet, au coeur de l'esprit des Sciences non mathématiques, c'est-à-dire expérimentales, est l'observation.

Et les moyens d'observation sont presque tous intrusifs: il faut disséquer l'animal pour voir ce qu'il y a à l'intérieur, il faut ajouter un produit dans une solution pour en connaître le pH, il faut éclairer (en projetant des photons) ce que l'on veut voir.


Fort bien. Mais, au coeur de ces sciences se trouve aussi la notion de négligeable. Et ce n'est pas parce que ça vient d'une matheuse que c'est un reproche! Car il ne s'agit que de bon sens!

Certes, on vous passe aux rayons x à l'hôpital, et cela peut changer le comportement de quelques cellules: Mais enfin, on veut juste voir si vous n'avez pas d'os fracturé! (J'ai d'autres exemples, mais moins esthétiques.)

Les scientifiques choisissent l'observation adaptée, sont pas nés de la dernière pluie hein!


Bref, sus à l'analogie foireuse! L' "observation qui modifie l'objet observé" est un problème essentiellement pour les physiciens quantiques quand ils veulent détecter des trucs moins gros que des photons.

Pour le reste, il faut arrêter d'en parler !


Et s'il vous vient l'envie de le dire, mettons à propos de l'humain (car c'est encore pour lui que c'est le plus vrai), retenez vous, car d'abord il suffit d'une bonne caméra cachée, et ensuite, on peut dire tout plein de choses, surtout à propos de l'homme, sans invoquer le caractère généralisable-même-aux-sciences.




Autre exemple: le chat de Schrödinger.


Vous savez? L'expérience imaginée par un savant (probablement propriétaire d'un adorable labrador), consistant en gros à mettre un chat dans une boîte avec un mécanisme pouvant le tuer ou pas, de façon à ce que tant qu'on n'a pas ouvert la boîte, on ne sait pas s'il est mort ou pas.


Je lis l'argument Schrödinger à de nombreuses sauces. Du genre: "il a été prouvé que l'on peut à la fois être mort et vivant!" ou bien "le hasard existe bien, voyez, personne ne sait pour le chat!" et puis "oh mais oh alors peut être l'univers se scinde t-il en deux univers, l'un ou le chat meurt et l'autre pas!" et encore bien d'autres tentatives de philosopher "scientifique". 


Je suis en train de me renseigner, là, et le sujet est visiblement complexe. Et c'est justement là le problème: des gens qui ne se sont pas renseignés moitié autant que moi (j'ai commencé il y a une demi heure) pensent pouvoir en tirer les conclusions qui les arrangent.


Moi j'ai lu que déjà, ce n'est pas n'importe quel mécanisme qui décide du sort de ce pauvre animal, mais un mécanisme (à la fois irréalisable et inutile) qui se déclencherait lorsqu'un atome radioactif se désintégrerait. Désintégration qui ne suit pas les lois tangibles du monde que vous et moi affrontons.

En gros, l'idée, si j'ai bien compris, était de remplacer mentalement l'idée de l'atome par celle du chat pour faire apparaître comme absurde les théories quantiques d'états superposés (de l'analogie foireuse de haut niveau, mais foireuse quand même, et qui donne lieu à d'autres analogies foireuses, j'adore).


Il est amusant de voir que l'idée de Schrödinger était de faire réagir à l'absurdité d'un état mort et vivant pour un chat, et que le résultat a été, pour certains, d'accepter comme vérité scientifique cette absurdité.


Hum, quelqu'un dans l'assistance qui veut que j'explique un peu en quoi ce n'est pas transposable?

Allons-y. Parce que d'abord en théorie quantique, on ne dit pas que l'atome est mort ou vivant, il y a une autre terminologie, une autre logique: Il est question de probabilités, et comme on ne sait pas, je pense, on décrit l'état autrement. S'il n'y avait que ça, on pourrait dire paraît-il que le chat, au bout d'une minute, est 


http://upload.wikimedia.org/math/c/a/f/caf88acb8a197d1e03e8187c9bb89d17.png


Moins clair, n'est-ce pas?


Mais en plus, un chat c'est beaucoup beaucoup d'atomes. Souhaitons donc la bienvenue au cousin du négligeable: le très très probable. A grande échelle, c'est à dire pour beaucoup beaucoup de petites choses suivant une certaine loi de probabilités, la somme de ces petites choses suit, elle, en moyenne, presque une loi constante égale à la somme des euh... espérances.

Bref, la formule ne marche pas, quoi. 

 

 

 

 


Oui d'ailleurs, pour les probas aussi, les gens souvent ne comprennent pas, et d'autres en jouent pour leur faire croire n'importe quoi... Il devrait y avoir un service public de consultation de spécialistes pour ne pas se faire avoir à chaque fois.


En attendant, je propose que par défaut, l'on se méfie des statisticiens, des publicitaires, des gens à la solde d'immenses industries du genre agro-alimentaires, et des politiques.


Et que l'on vénère les matheux. Zont rien à gagner à mentir, eux.

Commenter cet article