Folie

Publié le par Maylala

J'ai été voir Shutter Island (ce qui me donne une trop rare occasion de mettre une image sur ce blog).

http://cinematropolis.files.wordpress.com/2009/06/shutter-island-copy11.jpg?w=500&h=300


Sans trop en dévoiler pour ceux qui pourraient avoir prévu d'aller le voir (j'ai plutôt aimé, et je recommande), il y est question de folie.
Et du fait que la folie s'attaque souvent à la lucidité la plus élémentaire, ce qui en fait toute la puissance: on peut être fou sans le savoir.


On y croise par exemple (allez, tout petit spoiler) le personnage d'une femme ayant tué ses enfants, internée dans un asile, et persuadée d'avoir toujours une vie normale, et que ses enfants sont en vie.

Dans le film, cette femme n'est pas tout à fait inconsciente de la réalité. On assiste à une sorte de soubresaut, comme si d'un coup un événement se serait révélé trop absurde pour s'incorporer à son délire, ou bien comme si d'un coup elle en aurait perdu le contrôle, n'étant plus assez forte pour entretenir ses illusions.


Et bien, j'ai plusieurs raisons de penser que je suis folle.

Il y a déjà la sensation parfois de vivre un de ces soubresauts. Par moments, je ressens très profondément d'un côté, l'absurdité de ma vie et de l'autre, une sorte de mur de verre, ma limite à la comprendre. Au contraire en fait d'un mur de verre: je ne vois pas ma folie, mais je peux la toucher.


Le héros du film demande aux psychiatres: Comment? Comment est-ce possible de ne pas se rendre compte de la réalité? Visiblement il ne le conçoit pas. Moi, je le conçois aisément, parce qu'il m'arrive de faire erreur et de vraiment y croire.

Le plus souvent c'est en rêve.

Ah! petite parenthèse au sujet des rêves (eus-je été maligne, j'en aurais fait un autre article). Certains spécialistes prétendent qu'ils ne sont qu'images, idées, sensations éparses (dans le grand organigramme du Sens) qui s'enchaînent ou se chevauchent sans queue ni tête. Et qu'on les organise au réveil (quand on s'en souvient) en un schéma vaguement logique.

J'ai l'intuition que c'est faux, ou du moins que ça n'est pas toujours vrai, et j'en veux pour "preuve intuitive" l'expérience particulière des cauchemars dont on veut se réveiller.
J'en ai fait un il y a peu (merci le film) (zut je vais avoir l'air d'une psychopathe) (ah mais c'est le but de l'article en fait) ... où je tuais mon plus petit frère. Via un Avada Kedavra, autrement dit sans beaucoup de violence mais quand même volontairement. Je le remettais ensuite dans son berceau, constatais que je ne pouvais plus revenir en arrière, puis regrettais de ne pas avoir laissé ma mère le voir une dernière fois. Et, ayant pris mon téléphone pour le lui dire, je me suis réveillée.
Je me suis réveillée parce que le sens de ce que je vivais dans ce cauchemar me déplaisait (c'est peu de le dire), et pas à cause tout à coup d'une image trop violente (j'étais juste en train de réfléchir).
Ce qui me fait penser que le sens pré existait à mon réveil.

Fin de la parenthèse-ayant-tout-de-même-sa-place-dans-mon-argumentation.
Nous nommerons par la suite "rêve" une unité de sens créée lors du sommeil, et pas au réveil.


On ne se rend compte que l'on rêve, lorsque l'on rêve, qu'à de rares instants. Des instants qui sont à l'intersection d'un moment de prise de recul (pour se poser la question) et d'un moment de lucidité (très rares, car souvent en rêve, je crois sentir l'évidence, la pure nature logique d'une idée qui en fait est tout à fait farfelue).
Ces instants ne sont pas tellement plus courants (proportions conservées) que ceux de la vraie vie où je me demande "suis-je folle?" et où je me réponds "pas mal, oui".

Comment savoir si, en ce moment, je ne rêve pas? Et, je crois, la folie n'est pas très différente d'un rêve. Alors peut être que je suis folle, et que ce que je crois être ma vie n'est que mon invention.

Bon, mal fait mon article, mais j'ai envie de lister ici en vrac d'autres raisons de douter de ma santé mentale:

- Parfois je suis prise d'une peur incontrôlable, ou d'une peine incontrôlable, dont je ne saisis pas l'origine.
- J'oublie beaucoup de détails, et aussi beaucoup de choses importantes. Par exemple, j'oublie parfois totalement que des personnes disparues ont disparu.
- Quand j'ai oublié et qu'il est clair que j'ai oublié, mon cerveau invente des explications (je ne le réalise que parfois, peut être le fait-il souvent).
- Quand je lis n'existe plus qu'une histoire.
Quand je me laisse emporter (ça m'arrive facilement), j'oublie le temps, le lieu, et qui je suis.

- Quand j'ai fait quelque chose de mal, j'ai l'impression de pouvoir l'annuler.
- J'ai de la violence en moi, qui parfois me contrôle (j'espère, si je suis folle, n'avoir rien fait de trop mal).
- ...
(Ajoutez à cela que je fais volontairement des Mathématiques, et que je suis partie pour ça volontairement de la Réunion, et tout plein d'autres décisions idiotes que j'ai prises et alors il n'y a plus de doute à avoir!)



http://cinematropolis.files.wordpress.com/2009/06/hand-cliff.jpg?w=500&h=300


Le film apporte une conclusion qui conviendrait fort bien ici:
(en blanc, sélectionnez pour lire - je pense aux futurs spectateurs du film)
      Admettons que je sois folle.
Soit. Et alors? Peu importe, à moins que je ne fasse vraiment du mal à quelqu'un, et quand bien même. A mon avis, si je suis folle, c'est pour fuir une réalité moins rose que ma vraie vie.




Et j'ai une conclusion alternative, plus "made in I-land":
     A vrai dire, j'aime l'idée de mon éventuelle folie.
Je me dis que comme ça, si quelque chose de trop déplaisant m'arrive, je pourrai décider de me réveiller.

    


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