J'en reparle * -1ère partie

Publié le par Maylala

(Avertissement: aujourd'hui je teste les images dans l'article! Alors si vous n'aimez pas les insectes, par exemple, lisez les yeux fermés. Merci.)

 

 

En 2001 (oh, internet, mon amour, quel bonheur que celui de ton retour!), était publiée pour la première fois la description du génome humain. (Génome = ensemble des gènes, gène = portion d'ADN ou d'ARN codant pour une protéine **)
En 2005, on m'apprenait une Biologie tout à fait charmante (esthétique, finie, saisissable dans son ensemble) en laquelle je croyais beaucoup.

 


Le principe (c'est à peine amusant à raconter, vous êtes quasi-tous au courant): Les êtres vivants possèdent depuis un moment déjà du matériel génétique, qui, traduit selon un alphabet résolument basique, les fait:

- 64 combinaisons de 3 lettres pour 22 acides aminés de base, et pour des combinaisons "départ" et "fin":

 

http://www.monde-solidaire.org/spip/IMG/jpg/UniversalGeneticCode.jpg


- Des suites d'A.A suffisamment bien fichues pour avoir du sens, de jolies formes et d'incroyables propriétés (qui viennent à la fois de propriétés chimiques et mécaniques, un moment magique que la découverte de la carboxypeptidase, vraiment).
http://www.colby.edu/chemistry/PChem/docs/Guner3D/7cpa1.gif
- Un travail d'équipe remarquable entre ces protéines en question, et en particulier, un joli de qui de l'oeuf ou de la poule pour ce qui est de ce travail de traduction lui-même, car non seulement tout le structurel, mais aussi tout le fonctionnel, dans le vivant, est de la responsabilité des protéines.

- Du coup, a priori, éééénooormément de protéines. Surtout pour des machines compliquées. Par exemple, bah nous.



Et par ailleurs, cet ADN là est transmis aux descendants, seulement modifié par les croisements pour les reproductions sexuées et par des erreurs dans la machinerie pour tous, du pur hasard, donc, dont découleraient toutes les nouveautés, parmi lesquelles (encore un oeuf et encore des poules) ce fonctionnement à ADN, et les protéines qui se trompent en recopiant.
Les changements induits étant conservés ou pas, et les populations concernées augmentant ou pas, selon qu'ils s'avèrent:

- sans conséquence (par exemples: UUU et UUC codent la même protéine (la Phénylalanine), il y a des gènes qui ne servent pas à grand chose, il y a des correcteurs, et dans le cas sexué, une erreur n'a de réelle conséquence que si elle intervient très tôt dans le développement -typiquement, lors de la synthèse des ovules et spermatozoïdes);

- délétères (oups! petit embryon n'aura pas de poumons..) ou juste défavorables;

- pas très favorables à la reproduction (pas de bras, pas de chocolat);

- totalement neutres (mon bien cher professeur avait évoqué le cas d'un mollusque, le truc dans une coquille qui ne fait rien de ses journées, pourvu d'yeux. "Il contemple le monde", me dirait Jayce - I miss you boy);

- positifs (là, exemple classique: les deux populations de papillons de nuit anglais du 19ème siècle: des noirs, et des blancs, qui coexistent sur des territoires en proportion inverse selon que les arbres y soient foncés -pour cause de pollution industrielle- ou clairs. Les blancs pour les arbres clairs, les foncés pour les noirs, ce qui fait dire aux illuminés -ceci est un compliment- que la nature est bien faite -se font moins repérer, donc moins manger les bestioles-, et il y a plein d'autres exemples amusants dans le livre de Bio de votre petit cousin Kévin);

 

http://i.telegraph.co.uk/telegraph/multimedia/archive/01427/moths_1427241c.jpg

 

Par ailleurs, et toujours selon cette théorie, la sélection ainsi opérée se fait sur de très longs intervalles de temps, et à la fois complètement par hasard, et de façon conditionnée à l'environnement (pour la sélection), mais jamais comme réponse à un problème causé par celui-ci. Si mon patrimoine génétique avait un peu de jugeote, il s'arrangerait pour que je stocke moins facilement l'excédent de calories que j'avale (bon, pour ma raclette de ce soir, je lui pardonne: de la graisse noble, j'en ai besoin pour l'hiver).


Bref, voilà ce en quoi je croyais, parce que je suis une chose influençable et que des gens très bien et assez malins y croyaient avant moi.


Sauf que, retour en 2001 (ma jeunesse me paraît éclatante dans cette histoire, en 2001 je ne me préoccupais que des chemises presque transparentes de mon jeune et athlétique professeur de français - non! pire encore, je ne m'en préoccupais pas). Des scientifiques, tout confortablement installés dans l'idée que "les gènes, c'est Tout", ont passé un bout de temps, et pas mal d'argent aussi, à cartographier le génome humain, c'est à dire à en identifier toutes les séquences codantes, ainsi que les génomes de deux, trois autres trucs.

Et là, horreur et damnation. Drosophile 20 000; Homme: 32 000. ***
C'est une victoire, mais alors, de bien peu. La drosophile, je connais bien, une petite mouche de moins de 3 mm de long, amatrice de papayes et de mélange vin/purée/vinaigre/levure de bière (bon appétit!) et pas fichue de survivre à un bête étourdissement à l'éther (j'ai essayé d'en élever et ça a été une catastrophe sans nom mais avec odeur).

 

http://www.phschool.com/science/biology_place/labbench/lab11/images/flies2.gif

 

 

32 000, indépendamment de la drosophile, c'est très peu. L'on s'attendait plutôt, dans les hautes sphères, à du 80 000, au moins. Résultat, comme tout de même, de l'ADN, on en a un sacré paquet: de 1 à 1,5 % seulement d'ADN codant, et pour le reste, de "l'ADN Poubelle".

 

 

Tadadadam! (musique tragique)


La suite de ce feuilleton haletant très bientôt, car je suis en vacances (en vacances de révision, mais tout de même)!

  



* : oui, j'ai conscience que les titres de mes articles sont sacrément clairs et teasants****.

** : j'ai comme un souvenir que sont aussi comptés les bouts à ARN messager, mais ça ne change rien au message profond de cet article, ne vous inquiétez donc pas.

*** : ah, et le maïs en a plus que nous. Mais je n'avais pas d'expérience personnelle intéressante à partager qui implique du maïs.

**** : oui, je m'autorise les anglicismes et autres néologismes, ma récente lecture de Zazie dans le métro (Queneau: mon héros) et ma plus récente encore découverte de ce site m'ayant déculpabilisée et même rendu un semblant de fierté.

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