J'en reparle -2ème partie

Publié le par Maylala

 

Previously on Mieux que bien...
 

 


 

(Je n'ai trouvé qu'une image pour aujourd'hui alors je compense comme je peux)

 

Nous découvrions avec effroi que l'Homme, si sophistiqué qu'il semblât dans les formes, n'était au fond pas bien plus qu'une mouche, et que son ADN, qu'il aimait à avoir (c'est dans sa nature) d'une longueur démesurée, était à 98,5% inutile.

Eh bien (pardon si votre amour-propre a beaucoup souffert pendant cette trèès longue attente), c'est plus compliqué que ça.


Apparemment, et en vertu des lois de l'évolution évoquées dans l'épisode précédent, il est très peu vraisemblable qu'une telle quantité d'ADN ait pu perdurer jusqu'ici malgré son inutilité. Parce qu'en fait, avoir trop de matériel génétique n'est pas un caractère neutre: à chaque création de cellule, l'intégralité de notre ADN est recopié, ce qui utilise de l'énergie, or dans le monde cruel où nous vivons, l'énergie, c'est la vie, et tout ce qui permet de l'économiser a tendance à disparaître.

Ensuite, ce chiffre de 32 000 gènes est réellement trop bas, et nous sommes des machines réellement trop complexes.

Par ailleurs, tout le monde n'a pas toujours cru aveuglément en ce trop joli modèle. Dans le principe, tout le monde est d'accord, il y a de ça, mais alors (nos amis les créationnistes le mentionnaient) pas seulement, ou bien l'on butte sur quelques incohérences.
Sans vouloir (/pouvoir) trop en dire, entre autres soucis, ça pêchait côté évolution. Le "hasard" des mutations aurait dû faire de celle-ci un processus plutôt régulier, certes, avec une influence notable des variations (parfois brutales) de l'environnement du point de vue de la sélection... mais pas de quoi expliquer les faits observés: beaucoup, beaucoup trop irréguliers.

Et puis surtout, cependant que certains scientifiques dressaient des listes de gènes (à mon humble avis, il y a plus créatif, comme boulot), d'autres découvraient d'étranges phénomènes, impliquant... des morceaux d'"ADN Poubelle"!


Accueillons chaleureusement... Les "switch"!


http://biosynthetique.free.fr/images/7/7d/Schema2.JPG (Je sens que ça va être marrant à expliquer)

 


Re-tournons nous vers la drosophile, très utilisée en laboratoire, parce que (c'est cela, oui) ces bestioles se prêtent bien à l'élevage et à l'expérimentation, d'une part, et parce qu'il existe pas mal de caractères qui varient d'un animal à l'autre (cf. le famaux thriller, best-seller international: La drosophile aux yeux rouges).
Un beau jour, des types ont pris deux des sous-espèces de ces mouches, l'une aux ailes tachetées, l'autre pas, et ont comparé leur ADN: résultat, toutes deux portaient le gène "pinceau". Pourquoi alors ne s'exprimait-il que chez une seule?

Alors des types (les mêmes?) ont regardé un peu autour, et près du gène pinceau (identique chez les deux espèces), ils ont trouvé un fragment différent... oui, mais un fragment de l'ADN "poubelle", celui qui n'est pas traduit en protéines.
Pas décontenancés, et armés de leurs plus jolis microscopes, ils se sont mis en devoir de prélever ce fragment de chez la mouche tachetée, l'ont implanté au même niveau chez l'autre. Et bam! Elle se retrouvait tachetée à son tour.

 

 

Ainsi donc, on avait découvert un fragment d'ADN capable de provoquer l'expression d'un fragment voisin, sans passer par la création d'une protéine!

 

 

 

Mais ce n'est pas tout.
Le plus marrant, c'est que ces switch-là, en gros, s'activent (et conséquemment, activent d'autres gènes) en fonction de l'environnement.

Et quand je dis environnement, c'est au sens très large: il s'agit aussi bien de ce qui se passe à l'extérieur (par exemple: la quantité de sel dans l'eau où vit un poisson) que de ce qui se passe beaucoup plus près et à très petite échelle. Ce qui (me) laisse imaginer des phénomènes de rétro-contrôle, par exemple, avec des activations localisées qui entraînent des activations ailleurs, ou bien l'arrêt des activations lorsque l'effet "escompté" est obtenu (typiquement, un équilibre chimique, car bien que je n'aie rien compris -la tête du schéma, là haut!- , il est clair que tout ça, c'est de la chimie).

 

Un autre aspect réjouissant de tout ceci est le fait que ces switch pourraient expliquer pas mal des incohérences dont j'ai parlé plus tôt. En particulier, ils expliqueraient l'irrégularité des mutations et le grand nombre de séquences qui sont communes entre des espèces qui n'ont pas grand-chose de commun.
On comprend mieux que des embryons d'espèces différentes se ressemblent autant au départ, et se différencient tellement après: l'embryon du serpent par exemple porte des pattes, qui cessent de se développer au bout d'un certain temps, apparemment, pour cause d'extinction d'un switch. Mieux encore, le moment et la durée d'activation d'un switch peuvent tout changer. Donner un bec plat ou un bec fin, ou encore, peut-être, les osselets de l'oreille moyenne ou bien des ouïes.
Et en fait, c'est apparemment au stade embryonnaire que quasiment toute notre identité d'espèce se joue, à coup de switch et de dé-switch...


Ce qui fascine le plus, à ce que j'ai compris, est le fait que l'on présente probablement, en nous, de nombreuses... possibilités non exprimées. Et qui pourraient l'être, presque "si besoin"!


Et ce qui m'a le plus fascinée, moi, est le fait qu'en particulier, cela ouvre la porte à de nombreuses applications en médecine. Et pourquoi pas un jour, la possibilité de soigner les maladies génétiques?

Pour le moment, on ne sait que réparer à grand renfort de bistouri les aspects les plus visibles de certaines, ou en ralentir d'autres par des médications lourdes et aux conséquences imprévisibles. Car on ne peut décemment pas, et on ne le pourra jamais, intervenir sur chaque séquence anormale d'ADN, celui-ci étant tout tout concentré et présent dans presque chaque cellule, une par une!
Si l'on identifie un jour comment l'environnement s'"y prend", et si l'on trouve un moyen d'être réellement précis dans leur utilisation, on pourra peut-être activer ou en désactiver des switch bien choisis et ainsi "guérir l'ADN"?

 


On peut même envisager d'aller plus loin. Activer de quoi nous permettre d'être plus résistants aux maladies. D'utiliser cette grande part de notre cerveau qu'il semblerait que nous n'utilisons pas. Ou bien, de nous donner des doigts en plus, des ailes, ou des vies beaucoup, beaucoup plus longues. Sans oublier de modifier les plantes que nous cultivons, oh! et de customiser nos petits animaux. Même trip en fait que les OGM en général, mais en bien plus puissant.

 

 

 

C'est tout elle, ça: la Science, si belle et si effrayante!

 

 

 

 

 

Sources: essentiellement Ce que Darwin ne savait pas encore (plutôt les vidéos 4 et 5), et internet dans son ensemble (ça c'est pour ne pas avouer que y'a du Wikipedia), et aussi le peu de bon sens qui me reste et quelques souvenirs de Bio, relativement approximatifs, ce qui m'amène à:

 

P SS (Post-Switch-Scriptum): Amis qui êtes restés dans la Biologie, ou qui avez mieux bu que moi les paroles de nos professeurs (que je salue bien bas, si jamais), si me voir tant vulgariser la chose, ou bien me tromper du tout au tout vous fait mal au coeur, ou bien si simplement vous souhaitez partager votre savoir, écrivez-moi s'il vous plaît, ou bien commentez, de quoi me rendre tout ceci plus clair, et puis c'est bon pour le karma.

PS: C'est fou ce que je suis conditionnée, je dois me retenir pour ne pas mettre "Bisous" après un PS

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