L'article d'au revoir - 2ème et dernière partie

Publié le par Maylala

Il me reste une heure à passer à Paris.

Je ne la passe pas à mon jardin, j'y suis allée hier car il faisait meilleur, et aussi, j'aurais peur que, mes pieds s'enfonçant dans la boue claire des allées, je ne finisse plantée là, incapable d'emprunter les ailes d'un gros oiseau de fer pour partir demain.


Alors, je me suis installée à ma bibliothèque. Car Paris, toujours, sera pour moi une ville de livres.

Je ne pense pas tout de suite à un "classique", mais à Rien ne nous survivra, le livre écrit par Maïa. C'est que de la bibliothèque, celle du XIIIème, j'ai vue sur la place d'Italie, sur le centre commercial, sur la mairie, et sur la rue où je vivais.

J'ai eu beaucoup de plaisir, à mon arrivée, à découvrir des lieux où se déroulaient des livres que j'avais lus, mais j'en ai eu bien plus encore, une fois installée, à lire de nouveaux livres et à voir de nouvelles scènes   avoir lieu dans des endroits devenus miens.

Des films aussi, comme ce "Midnight in Paris" que j'ai vu juste avant de partir pour l'Allemagne, dont toute l'ouverture, filmée "à l'amateur", je crois, m'a rappelé que mon chez-moi, ma modeste propriété partagée était pour d'autres, par-delà le monde, un rêve, un modèle, une ville idéale - ce que je sais bien qu'elle n'est pas.

Dans le livre de Maïa (qui a vécu ou travaillé dans le XIIIème, c'est certain), les descriptions de Paris mise à sac m'ont encore plus gonflé le coeur d'orgueil, mais d'un bon orgueil, celui qui nous rend si fier d'avoir pour ami quelqu'un dont on nous dit du bien et du vrai.
Cette ville, ce quartier que je vois par la fenêtre sont tellement miens qu'ils le seraient encore détruits, et même, que j'aurais le droit de participer à cette destruction, qui serait une ultime étape dans mon appropriation.



Elle est à moi, Paris, je me suis battue pour l'avoir et elle m'appartient!
Ou plus exactement, elle m'a appartenu, car depuis mon séjour en Allemagne, j'ai perdu une partie de mes titres, et si je les acquiers à nouveau, un à un, depuis mon court retour, je sais que je n'ai plus droit qu'à une autorisation ponctuelle. Comme une dernière nuit, de derniers gestes que l'on aura longtemps connu par coeur, pour dire au revoir.

Le titre par excellence, celui de Grande Maîtresse du Métro, matérialisé par ma carte Imagin'R, bam bip clang j'ai mes portails réservés, je dégaine deux fois plus vite que mon ombre, vingt fois plus vite que les assimilés-touristes avec leurs bouts de carton, je prends l'escalator à droite, je dépasse à gauche, je choisis la bonne rame, j'ai le plan dans la tête, je ne suis pas pressée du tout mais je file comme le vent. Je suis toute-puissante.


Paris m'appartient, mais elle appartient aussi à tous les autres.

C'est qu'il faut tellement payer, tellement se battre pour s'y faire une place (du moins pour une petite créole comme moi) qu'on se sent y avoir gagné le droit d'y régner sans trop de partage. A la limite, en s'accommodant des autres en guise de paysage.
C'est sûrement beaucoup pour ça si les parisiens ne sont pas sympas, et si soit vous les gênez, soit ils ne vous voient pas.


Moi, à Paris, j'aime ne pas être vue.
Oh! On y est vu, et c'est bien agréable pour s'inventer des histoires (je me plais à croire que j'ai intrigué des passants, par mes lectures, mes yeux rougis, mon air exotique - alors que je ne suis pas le moins du monde exotique ici, encore un bon point). Mais on peut aussi ne presque pas voir qu'on est vu, ou oublier qu'on a été vu, les visages passagers, le souvenir de leurs expressions et des mots qu'ils auraient prononcés vite avalés, anonymés parmi des milliers d'autres.

Paris est donc une ville où faire une cure d'isolement, comme on fait des cures d'air frais à la campagne.
Mon grand départ aurait été bien vain si, il y a quatre ans, j'avais débarqué dans un village où l'on m'aurait questionnée chaque matin sur ma santé. A Paris, ville sans étoile, je fais part de ma santé à qui je veux, quand je veux.

Paris, ça a été la liberté.

 

Une amie m'a dit un jour qu'elle voyait dans la dynamique de la capitale un  immense robot, une mécanique complexe et bien huilée. L'image est parlante et juste, pour autant je ne me suis jamais sentie comme un de ses rouages, mais peut-être comme un grain de sable bien géré, un tout petit grain de basalte au milieu des superbes, massifs blocs de roches calcaires.


Je les ai admirés, je me suis sentie minuscule, parfois insignifiante face à cette Grande Histoire (passée et présente).
Mais c'est aussi là que j'ai vécu de mes plus grandes Histoires intérieures. Paris a rempli mon coeur, ma tête, mes yeux, mais la vie que j'y ai menée en tant que grain de sable m'a laissé assez de place, assez de loisir pour, par exemple... M'y mettre à écrire.

C'est tout près d'ici que j'ai écrit, par exemple, mon premier conte. Et plus que le conte, c'est l'état dans lequel je me trouvais en l'écrivant qui est une vraie, une remarquable "première fois", qui a été comme toutes les premières fois une découverte de soi.

 



J'appartiens aux lieux qui m'ont vue grandir, et où je retourne demain. Mais ceux que j'ai conquis moi-même, adulte, m'appartiennent.
Si en plus il y a de la passion, et du chemin accompli ensemble qui s'en mêle, je crois qu'on peut parler d'amour.

Alors je suis à Paris et Paris est à moi. Et tant pis si ni elle ni moi ne sommes très fidèles... Nous sommes en quelque sorte d'éternels fiancés.

 

http://us.123rf.com/400wm/400/400/tupungato/tupungato1108/tupungato110800114/10341834-paris-france--vue-sur-la-ville-a-rienne-avec-la-passerelle-debilly-et-de-la-seine.jpg

Ah, et je reviendrai!


Commenter cet article

k. 15/12/2011 12:35


Paris c'est une ville complexe.
Je m'y sens bien quand j'y suis, à l'aise, c'est chez moi sans être chez moi, comme un endroit familier qu'il fait bon retrouver.
Alors je comprends, ton article d'aurevoir est bien à-propos ;) 

Maylala 04/03/2012 13:41



Je suis contente de vois que je ne suis pas la seule personne vivant à La Réunion qui n'ait pas franchement pris Paris en grippe :)
C'est vrai que c'est très différent... Mais il y a tellement de bon à en retirer!


Bises k.!