La caverne aux trésors du bon vieux tonton célibataire

Publié le par Maylala

Déjà, petite mise en garde: cet article n'a en réalité qu'un but: introduire une petite anecdote, que j'aurais pu raconter directement et de vive voix dans une conversation banale, mais j'ai pensé qu'il y avait là du pittoresque, et un peu de sexe, ce qui ne peut pas être mauvais pour mon audience.

 

 

A la Réunion, il y a, dans chaque vraie famille vraiment réunionnaise, un éternel célibataire. Je crois que pour ma génération, c'est presque toujours un oncle qui joue ce rôle, et j'ai moi-même quelques "tontons" faits de ce bois-là.

En pensant à un célibataire de 40 ans, on pourrait s'imaginer une sorte de gentil monsieur pas bien dégourdi, toujours encombré de son Oedipe, vivant toujours dans sa chambre de petit garçon.


Mais visitons ensemble l'habitat de l'un des représentants de cette espèce.

Certes, il n'y a pas de fer à repasser, peut-être même pas de machine à laver, car maman s'en charge toujours. Mais à la place du papier peint à nounours, que voit-on aux murs?

Des posters. Représentant des femmes.
Et sur une étagère, ou autour de la télévision, ou de la table de chevet, une collection d'objets se rapportant... au sexe, de façon moins subtile et moins délicate les uns que les autres.

 

Quand j'étais petite, j'observais, mi fascinée, mi horrifiée, ces drôles de petites choses.


Je crois que je n'en ai vu, à Paris, que lors de visites à Pigalle. Or chez nous, la moindre petite "boutique chinois" vend de ces trésors. D'ailleurs, à Noël, ces tontons étaient les plus faciles à contenter, et souvent, pour aller plus vite et parce qu'on savait que ça leur plairait aussi, on offrait à tous les hommes de la famille un cadeau de ce genre-là.

Des "sujets", c'est à dire des figurines en porcelaine, représentant des scènes nettement moins champêtres et idylliques que celles de nos grands-mères. Pour joindre l'utile à l'agréable, des tirelires, des cendriers en forme de sexe. Des tasses à empoigner par un pénis rose et rutilant, et bon appétit!


Comme il s'agissait d'objets bon marché probablement fabriqués en Chine, les verres à message, papier toilette gradué, diplômes du tireur le plus rapide de l'Ouest n'étaient pas de la partie. Et puis, ils n'auraient pas été très assortis au reste, car trop communicants, trop actifs, alors que de ces objets-là, il n'y avait rien à dire, le moment où ils étaient déballés passé. Juste des éléments du paysage.

Les objets qui m'ont le plus marquée sont, je pense, ceux que j'appellerai les objets "à pin up". Peut-être est-ce parce qu'ils sont les plus anciens, et donc, les premiers que j'ai vus. Mais aussi, parce qu'alors que les faux sexes restent des objets vaguement amusants, les photographies de femmes dénudées parlent, elles, de vraie sexualité.

Il y avait des briquets, et comme il y avait des filles différentes, on choisissait, en emballant les cadeaux, laquelle plairait le plus à qui. Tiens, tonton untel aura la bleue. Et des verres "magiques": quand on les remplissait, les quelques habits des filles déjà bien peu couvertes qu'ils représentaient... disparaissaient.

Quant aux posters, je ne sais pas bien d'où ils venaient. Je crois qu'il y avait des magazines, peut-être uniquement pour les éditions réunionnaises dans lesquels, chaque mois ou chaque semaine, une double page y était consacrée.  Des magazines TV ou people, sûrement pas des revues pornographiques, et donc, accessibles à tous.
C'est que, voyez-vous, chez moi, on a une notion toute particulière de la pudeur.

 

 

Venons-en à l'anecdote promise.


Pendant mes vacances à La Réunion, je suis allée à la plage. C'était l'hiver, il était tard, il faisait froid, un temps à n'aller dans l'eau que si l'on est zoreille, surfeur, ou enfant.


Appareil photo vissé à l'oeil (façon de parler, ça ne se fait plus), je me mets en devoir de photographier les miens, d'enfants baigneurs. Bouton review. Satané mode automatique, mon appareil n'a pas fait la mise au point sur ceux que je visais... Mais à la place, toute nette et, fruit du hasard, bien centrée sur l'écran, il y a une dame, en mini-bikini (comprendre: string en bas) rouge, à genoux dans l'eau, pose "sirène" (jambes de profil, tronc de face), les bras bien haut, coudes repliés, mains soulevant des cheveux ébouriffés avec soin.


Je dépose l'appareil, et utilise mes yeux sans filtre. La dame prend une autre position, serre les bras autour de sa poitrine, et lance un regard langoureux, au loin, en direction de l'autre photographe de la plage, visiblement très content, et qui l'encourage silencieusement, à quelques mètres à peine des enfants et des autres plagistes.

Heureusement, on s'en va, parce que mes frères et soeurs sont encore purs et innocents, et n'ont rien remarqué, or, je crois, le mode monokini est pour bientôt. Et probablement, le photographe va alors prendre LA photo de poster de mes bons vieux tontons célibataires, celle de la dame pratiquement nue, toute mouillée-chéri-tu-veux-me-réchauffer?, avec pour fond, le plus beau coucher de soleil au monde!

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