Oui, il y A (à Z) une sexualité infantile.

Publié le par Maylala

 

Et j'ai un abécédaire pour le prouver.

Image-15.pngnnie a 7 ans. Elle fait la nuit des rêves qui lui donnent chaud. Avec un papa et une maman dedans. Sauf que c'est elle la maman.

Image 11eryl, pas plus âgée, a une Barbie qui a des formes qui excitent son imagination. Les femmes de son entourage aussi. Alors Beryl rêve d'avoir des gros nénés, et veut toucher à ceux des "grandes". Pour quoi faire voyons? Bah je sais pas, je trouve ça bien, et moi quand j'en aurai je voudrai qu'on me les touche aussi.

Christopher, lui aussi aime les seins. Et il a de la chance! Il va souvent sur la plage avec des amies de sa mère, qui font toutes du monokini. Et il demande à leur passer de la crème. Il a 8 ans, et il adore insister sur leurs seins.

Damien aussi peut toucher les seins des femmes... Mais lui, il a un an et demi, et on lui suppose des buts seulement nourriciers... Sauf qu'il refuse que d'autres hommes que lui s'en approchent, et sauf que les hommes voient bien dans son regard une étincelle de malice. Hey, jaloux les gars?

Image 10sther, elle, ce n'est pas les seins. C'est ce qu'il y a dans sa petite culotte. Un copain lui a demandé à voir à l'école, puis deux. Elle a dit oui, mais maintenant, toute l'école en parle, et elle ne sait pas bien pourquoi, mais il lui semble maintenant qu'elle a fait quelque chose de mal.

Félicie, aussi. Ses parents l'ont retrouvée, à cheval sur l'accoudoir du canapé du salon. Elle avait 5 ans. Quelques années plus tard, elle continue, mais se cache. On dirait que c'est tout ce qu'elle a retenu du discours confus et des regards horrifiés de ses géniteurs.

Image 8race est une amie dont elle se cache un peu moins. Quand elles dorment ensemble, elles s'imaginent des scenarii. Alors toi tu serais le monsieur, moi la dame. Et les jouent.

Image-12.pngadrien, lui, est un peu plus petit. Mais quand les "grandes" ont besoin d'un garçon pour rendre leurs jeux plus réalistes, il s'y prête. Un jour, on les a surpris, et lui a instantanément compris: c'est très mal. Et n'a plus joué depuis.

Ilona a 10 ans, et un amoureux. Il lui a dit avec son petit air coquin "j'ai vu ta culotte!". Et il a voulu l'embrasser. Ilona a répondu non. Je n'embrasse pas le premier soir. Pourquoi ça? a demandé sa maman. Oh, parce que j'avais la trouille.

Jade est une petite fille pleine d'autorité. A l'école, elle poursuit les garçons pour les embrasser.

Kevin, à 12 ans, n'est plus vraiment un enfant. On sait qu'il est travaillé par ses hormones, on ne lui prête plus la moindre innocence. Aussi, quand Jade est venue rapporter qu'il lui avait demandé (avec insistance) de se déshabiller devant lui (Jade, toujours aussi autoritaire, avait dit non), il a manqué se faire répudier par tous les membres des deux familles. Qui à ce moment-là ne pensaient plus que pédophilie, qui ne pensaient plus du tout alors à leurs jeunesses à eux.

Laura par exemple se déshabillait souvent pour ses grands cousins. Elle les aimait beaucoup. Elle voulait leur plaire. Elle aimait se sentir importante et belle à leurs yeux. Et elle aimait beaucoup plus ça que les fois où c'était son vieil oncle qui le lui demandait.

Image 27aëva avait demandé une fois à un petit garçon que gardait sa mère de lui toucher ses petits bouts de seins naissants, pour voir. (Lui avait préféré retourner à ses coloriages.)

Image 28oémie avait utilisé sa jeune soeur pour s'entraîner à embrasser "avec la langue". Elle avait mis entre leurs bouches un morceau de plastique bien étanche, quand même, parce que c'était sa soeur hein, faut pas déconner.


...


Image 29scar feuilletait avec émotion les pages lingerie des catalogues, et parfois, trouvait des magazines.
Image 30rudence, bien cachée, regardait des films porno quand ses parents en mettaient, le soir, à la télé.
Image 31uentin lisait des romans érotiques aux couvertures très évocatrices.


Image-13.pngose-Anne, Image 9ofiane, Image-37.pnghéo, eux, ont Internet. Et ils y voient, et ils y cherchent les réponses à des questions qu'ils ne se sont pas sentis autorisés à poser ailleurs. A qui? Oh, à qui les trouvera!

 

 


Et je vous laisse le reste de l'alphabet pour les commentaires, pour compléter.

Et vous pouvez en déborder, bien sûr, si vous voulez.

 

 

 

 

 

PS: Je n'ai pas apporté ici de jugement, ou alors le moins possible. J'ai voulu être descriptive. Je ne dis pas que certaines de ces situations ne sont pas "dérangeantes". Mais je dis qu'en tout cas, savoir qu'elles sont possibles, et même courantes (j'ai quand même trouvé quasi tout l'alphabet!) c'est déjà un grand pas que devraient faire beaucoup de gens plutôt que de se placer chastement une main sur les yeux.

Et (par contre ça, ça a dû se voir), je pense que culpabiliser ces enfants, ces ados, c'est le mal.

 

PS2: Ceci est mon centième article! Publié avant mes 30 ans finalement!

Commenter cet article

k. 28/06/2011 21:22



Non les exemples que tu déclines sont importants et instructifs car ils reflètent une variété de situations qu'on n'imaginerait pas toutes forcément, et ça reste anonymisé.


Sinon je crois que de manière générale, le plus dur pour des adultes parents ou non, c'est de rester alertes et vifs d'esprits quand on a en face de soi un enfant, qui découvre, se construit et
bouscule les habitudes -justement pour ne pas rester coincés dans un carcan, une norme de ce qui se fait ou pas, et rester neutres ou objectifs pour laisser l'enfant mener sa propre réflexion
etc. C'est valable pour la sexualité comme pour le reste. Mais c'est une vue de l'esprit, et plus facile à dire qu'à appliquer, je te l'accorde (il m'arrive quand même de me fâcher tout net et de
décréter que c'est comme ça, ça suffit, à ma fille, après de vaines arguties ;). Mais je m'éloigne du sujet -et je constate par ailleurs que c'est effectivement un sujet qui amène peu de
participations ;)



Maylala 29/06/2011 01:11



Merci bien, je suis rassurée (au sujet des histoires que je me suis permis d'évoquer)


 


Et ce dont tu me parles... Est-ce que c'est un peu ce que les parents disent aux non-parents, "quand tu auras des enfants tu comprendras?"


J'entends souvent cet argument asséné (cf. Sexactu il n'y a pas longtemps) aux
non-parents pétris de principes... Et en ce sens-là, moi qui déteste les "Tu comprendras quand tu seras plus grande", je veux bien l'accepter. Etre parent, c'est en immense partie je crois,
savoir s'adapter, les principes, les décisions immuables ayant une place plutôt réduite...


J'aime ce que tu dis, "laisser l'enfant mener sa propre réflexion". J'y comprends surtout que l'enfant n'est pas un objet que l'on modèle, qu'il a quelque soit son âge une personnalité qui lui
est propre...


(En fait, chaque parent devrait pouvoir justifier ses méthodes éducatives en disant "tu ne peux pas comprendre, toi tu n'as pas cet enfant-là" - bon, je pense qu'il y a quelques dénominateurs
communs quand même :) )


Après, ne pas non plus laisser la roue totalement libre... Toute une affaire de choix, de mesure... Quel boulot, et quelles responsabilités!


 


A chaque fois que j'y pense, je me dis que c'est tout de même incroyable qu'avoir un enfant soit quelque chose de si banal et répandu... J'admire le courage, j'admire les épaules, j'admire tout,
mais moi, je ne pourrais pas!


 


ps: J'ai une participante assidue, c'est déjà immense! ;)


 


ps2: AAAh zut, je viens de comprendre que tu parlais des adultes, parents ou pas... Et bon, je ne vais pas changer tout ce que j'ai écrit, juste dire que c'est intéressant par exemple si on parle
du point de vue d'un instituteur... Mais je crois qu'alors, c'est peut-être plus difficile encore (du moins dans notre système éducatif, si je puis me permettre de jouer l'intello) parce qu'il
s'agit de considérer les enfants un à un, et non comme une masse à laquelle appliquer le même traitement.


Mais je m'éloigne encore plus du débat :)



k. 28/06/2011 20:35



Eh bien à y réfléchir, je ne pense pas que le jour où ma Mini reviendra du jardin d'enfant avec une histoire de ce genre je n'irais la juger -me connaissant, je penserais plutôt à vérifier
d'abord si l'initiative aura été mutuelle, spontanée ou enfantine (mais ça relève de ma très grande parano de jeune maman). Je voudrais juste dire que à nous, ses parents, ma Mini pourra dire ce
qu'elle veut librement, là n'est pas le problème, je veux juste que sa vie perso et ses expériences personnelles restent privées. Mais là encore ça reste mon ressenti, aucune histoire de
culpabilité ni de poids des traditions là-dedans : ce n'est pas 'cacher' ou taire parce que c'est sale (car ce ne l'est pas), mais rester discret parce qu'aujourdhui c'est bien d'être prudent
(oui je lis trop les journaux mais j'assume).



Maylala 28/06/2011 21:04



Je pense que tu as tout à fait raison...


Les interlocuteurs privilégiés d'un enfant (surtout petit), ce sont bien sûr ses parents, et quand ceux-ci suffisent, il n'est nul besoin d'y mêler un quelque autre.


 


Et puis, un interlocuteur privilégié, bien sûr, doit savoir garder le secret...


Comme je déteste aussi le cas "inverse", pas vraiment inverse en fait car la culpabilité de l'enfant est la même, de ces parents qui vont aller crier sur tous les toits "la dernière de Théo", et
Théo qui entend les rires gras, qui se sent humilié, qui va se jurer de ne plus parler la prochaine fois... Ça endurcit, dit-on... Mais à quel prix?


Et puis voilà, comme tu dis, la sexualité va rester quelque chose de très intime pendant encore très longtemps, malgré les évolutions de la société... Et conserver une part d'intime, c'est
important. A tout voir dévoilé, on ne se sent plus proprietaire de soi... Alors oui, respecter la sienne, dont elle n'aura peut-être pas grand-chose à faire sur le moment, mais qui comptera
énormément plus tard... Tu as tout à fait raison (et ta Mini a bien de la chance ^^).


 


Par ailleurs, j'espère que le fait que j'ai décrit tous ces exemples ne passe pas pour un non-respect des intimités... Bien sûr, il n'y a là que des faux prénoms, de faux âges, des pistes assez
brouillées pour que personne ne soit identifié même par les contextes... mais de vrais faits. C'est que je voudrais que ça s'accepte... et pour cela, il ne fallait pas que j'invente. Mettons que
ce sont des témoignages à visage masqués, pas forcément volontaires, mais enfin, ce n'est pas comme si j'avais une immense audience et de grandes responsabilités (j'espère).


 


(Oh, et puis le mot "paranoïa", ce n'est qu'un synonyme au mot "réfléchir", je crois, quand on est parent :) )


 



k. 27/06/2011 13:13



eh bien, oui, ce me semble, c'est écrit dans quelques manuels de futurs et nouveaux parents, mais mon avis est le même pour tout le monde, enfants ados ou adultes : c'est normal, et ça relève de
la sphère privée, donc c'est vrai que je n'y prête pas plus d'attention que ça ni n'en parle réellement en public; est-ce par pudibonderie plus que par réserve "inculquée"? je ne saurais dire...
Sans être particulièrement frileux sur la question, on ne parlait pas spécifiquement ouvertement de sexualité non plus, dans ma famille.



Maylala 28/06/2011 20:07



En fait, j'ai écrit cet article en réponse au 2ème commentaire de "Little Brother" sur l'article précédent.

Il y racontait comment des gens avaient été profondément choqués quand leur petite fille de 6 ans avait déclaré avoir "fait l'amour" avec un de ses camarades de classe.

Et je suis à peu près certaine que ces personnes qui ont été choquées ont quand ils ont un peu bu des conversations "profondes" sur les choses de la vie. Il est même possible qu'elles n'aient pas
de problème à en parler devant leurs grands enfants. On peut aussi imaginer qu'elles ont eu ou ont l'intention d'avoir, avec leurs ados, une grande discussion sur le sexe. C'est très très bien.
C'est important.

Mais que leur fille de 6 ans leur revienne avec une histoire digne de figurer sur ma liste, et il n'y a plus personne. Voyons, les enfants, ces petits êtres si purs! Voyons, prêter aux enfants
des intentions sexuelles, c'est justifier la pédophilie! Voyons, c'est la TV, c'est les copains à l'école, ah oui elle est amie avec des voyous je l'ai toujours dit chéri tu sais que je l'ai
toujours dit il faut la changer d'école! Oh là là là là, il faut tout de suite l'amener chez un psychologue, qu'il l'empêche de recommencer!

Et puis bien sûr, c'est encore pire quand il s'agit des enfants des autres. On ne dit rien en face, mais intérieurement, on se félicite d'être tellement meilleurs parents, ...

Et qui en pâtit? Comme toujours, les enfants d'abord.

Alors non, je ne dis pas qu'il est nécessaire d'en parler "à l'avance", contrairement à avec un ado (encore une fois, je ne donne que mon opinion, moi qui ne suis pas mère, juste
"super-grande soeur" et ado attardée).

Mais je dis qu'il faut avoir le courage, quand une situation se présente, d'essayer de faire la part des choses: qu'est-ce qui est problème, qu'est-ce qui est normal, sans dramatiser, et de faire
bonne figure face à son enfant. Pour son bien, à court et à long terme.

Et puis, comme Little Brother l'a fait, réagir aux outrés en leur imposant l'idée que la sexualité infantile n'est pas une tare. Idée qu'ils feront leur ou pas, mais j'ai bon espoir qu'ils y
réfléchissent un peu le soir venu. Et qu'ils fassent un peu moins se sentir coupables d'autres parents, les enfants de ces parents et leurs enfants à eux, si l'occasion s'en présente.

..............................

Je suis certaine que si tu n'en parles pas ouvertement, c'est parce que ça te semble intime et non pas honteux.
Je suis certaine que tu ne considéreras pas ta Mini comme un monstre s'il lui arrive de telles histoires.
Et je pense que tu n'aurais pas, toi non plus, laissé charger le dos de cette petite fille de culpabilités et de certitudes faussées sans réagir.



(Et moi, avec mon article, j'ai préparé mes arguments, mettons, pour anticiper).