Racines

Publié le par Maylala


Un jour, à ma mère qui prévoyait en secret de m'offrir mon arbre généalogique, j'ai expliqué que je ne comprenais rien aux liens du sang.
Les liens émotionnels me semblaient les seuls valables, et ceux ci n'avaient aucune raison d'être renforcés par la communauté d'un peu d'ADN.

Il était surtout question de mes ancêtres.
Ma mère m'a parlé de ses grands parents, et j'ai compris que j'étais liée à eux car j'étais liée à ma mère, et qu'ils faisaient partie de ce qu'elle était, et, bien sûr, ma mère a déterminé une immense part de ce que je suis.
Je me suis aussi rappelée mes leçons de biologie, du fait que certains gènes 'sautent' des générations, et je me suis dit que j'étais peut être sous certains aspects plus proche de certains de mes ancêtres que de mes parents, et d'une façon qui m'a semblé très directe. Comme si, dans un arbre, une vieille dame perchée sur une des plus hautes branches me tendait de là, à moi qui suis tout en bas, une pomme.
Je me suis dit que cette nouvelle donnée me permettait d'accéder un peu plus à mon identité. J'ai été troublée à l'idée que la moi génétique, innée, était plus étendue que je ne le pensais, puis à l'idée que j'étais issue d'un mélange de bien plus que de mes deux parents.
Et qu'en conséquence, j'étais un peu moins seule.

Et j'ai été très heureuse quand j'ai reçu mon arbre pour ma majorité. Ma mère m'a écrit, je crois:
"Je te donne tes ailes. Mais n'oublie pas tes racines"




De même, je ne croyais pas aux liens du sol, de la nationalité, de la culture. J'étais plutôt contente de mes origines, de ma couleur de peau, de l'endroit où je vivais, de ce que les miens avaient créé, mais sans me sentir concernée. C'était équivalent, pour moi, à être contente de la voiture qu'avaient mes parents, j'en prenais le meilleur avec désinvolture, et je me disais qu'ils auraient pu en avoir une autre, et que j'aurais fait de même.
Peut être était-il nécessaire que je parte pour comprendre la valeur de mes racines. Mais même en étant partie, en m'intéressant au créole, aux musiques, aux histoires, au "tan lontan", je m'en sentais exclue.

J'ai vécu mes premières années en métropole, j'y suis d'ailleurs née, et quand ma famille est revenue, je n'ai pas su devenir vraiment réunionnaise. Ce qui le démontre le plus clairement est, je pense, le fait que je n'ai jamais vraiment parlé le créole.

C'est pourquoi, malgré mon sang, je n'arrive pas à me sentir descendante d'esclaves.
Le passé d'esclave ne passe pas par le sang.

Alors je me suis mise à écouter du maloya, cette musique de chez nous, qu'on dit équivalente au blues américain: de la musique mélancolique d'esclaves regrettant leur Afrique natale. C'est le meilleur témoignage que l'on ait d'eux. On continue d'en écrire! "On", ce sont des réunionnais qui maintiennent leurs racines en vie, et en font profiter les autres.
 
Ils ont compris que sans racine, on ne peut qu'effleurer ce qu'on est.






Davy Sicard, Maloya Kabosé.
Il raconte l'histoire d'un homme un peu perdu qu'une famille accueille pour le repas, et qui se met alors à danser le maloya. (dites moi, amis créolophones, si je me trompe)

J'aime beaucoup le fait que le maloya soit utilisé pour raconter une histoire vécue par des Réunionnais d'aujourd'hui.
Je connais et comprends au moins les Réunionnais d'aujourd'hui, je crois, et c'est déjà avoir parcouru beaucoup de chemin, je pense.

Et surtout, je me reconnais dans cette sorte de transe qui s'empare de l'homme perdu. Une transe qui provient de la force que peut avoir le maloya, et racontée sur du maloya, j'y vois une mise en abîme qui rend la chanson encore plus hypnôtique.

D'autres maloyas sont à venir!

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Jayce 23/01/2010 01:16


oui c'est exactement ça, l'histoire de cette chanson, cette homme un peu paumé qui a perdu sa bien aimée est acceuilli par un famille le temps d'une nuit et d'un repas !!!
plus généralement (c'est une interpretation personnelle) ça parle de l'hospitalité creole et notamment pour les musiciens qui possède ce don particulier qu'est de connaitre la
musique, et on esstime que quelqu'un qui connait la musique ne peut etre foncièrement mauvaise....

au passage bienvenue chez les gardiens du volcan !!! la communauté sismique !!


Maylala 23/01/2010 10:56


oh! je suis toute émue, mon premier commentaire!!

quant à la bonté foncière des musiciens... peut être le pense-t-on parce que les musiciens sont des personnes qui nous offrent une part d'eux-mêmes? ou peut être parce que jouer de la musique
suppose de montrer son humanité.

oh, et merci!! ravie d'être entrée dans cette communauté!!