Sandwich

Publié le par Maylala


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Sandwich était un chat classique: félin, sylvestre, et catus [traduction indisponible], à la fois joli et bêta, et souvent pas très délicat.

Son charmant petit nom ressemblait bien à notre "maison", celle où je vivais avec ma soeur et où je vis avec mon frère, et qui dans les moments de joie était illuminée de son humour absurde et subtil. "Sandwich", vraisemblablement, doit avoir été son idée. Mon idée de proposer un reste de sandwich à un chat errant un peu frêle rencontré dans un parking, mon idée de l'embarquer (avec son accord, ou tout du moins sa grande coopération), sachant que je cherchais une raison animée de vivre depuis un moment alors. Et l'idée de mon frère (à l'humour absurde et subtil, je le rappelle) de lui donner ce nom.

Bien que l'on ait hésité, aussi, à le nommer Lord Thon Mayo. Ah oui. A la base, c'était "Lord Sandwich".

Pour moi, au départ, ça avait surtout été "chat". Difficile à prendre, le réflexe de son nom étranger. Difficile à prendre aussi, l'habitude de se soucier d'un animal dont l'espèce entière, dans ma culture familiale, est nourrie de restes, vit dehors, disparaît, ramène parfois des petits qu'on appelle toujours des mêmes noms (Tom, Jerry, Grisou: mon père est un original)... et meurt très loin de la maison des maîtres.

Mais facile à attrapper, l'attachement à cette bestiole, au départ bêta effarouché, puis bêta dispensateur involontaire de tendresse chaude et ronronnante, qui venait s'endormir sur nos dos, la nuit (bien sûr sans oublier d'y faire d'abord ses griffes au travers de la couverture).

Aussi à cette nouvelle attraction qui enchaînait les maladresses de plus en plus improbables, et qui nous faisait nous en étonner plus fort que de n'importe quel chat d'Internet (tout ceci, bien sûr, mêlé à une absurde fierté, et au besoin d'en parler à tout son entourage).

 

 

Et maintenant que mon chat est mort, parce que je l'ai fait piquer il y a dix jours par un vétérinaire, parce qu'il a eu un très vilain accident, probablement un choc avec une voiture (c'était un chat de luxe, un chat avec toit et croquettes gratos, mais en liberté), c'est ce passé-là qui me tourmente, celui des premiers temps, et pas celui qui a précédé sa disparition.

Est-ce vraiment qu'il me manque? Un sentiment de culpabilité me ressemblerait davantage: pour m'en être vite désintéressée, de mon Sandwich, en le virant de ma chambre, en ne lui filant plus des cuillerées de boîtes de thon quand j'en ouvrais, en ne jouant jamais avec lui parce que cette sale bête sortait les griffes et que je suis douillette et franchement-pas -marrante-d'ailleurs-même-les-enfants-le-pensent-qu'est-ce-que-c'est-que-cette-soeur-qui -voudrait-ne-faire-faire-que-de-la-lecture-et-du-coloriage, en laissant mon frère se charger de toutes ces parties-là, tout cela parce que visiblement, il s'en faisait plus aimer que moi, et parce que mes besoins affectifs commençaient à être comblés ailleurs?

Je ne sais pas si ce qui me ronge, c'est le regret de n'avoir pas été plus présente pour cet animal qui était vraisemblablement pourtant raisonnablement heureux indépendemment de moi. Ou bien pour ne pas avoir fait l'effort d'enterrer son petit reste de corps alors que, on est d'accord? Il s'en fiche, il est mort et c'est un chat?

 

Je sais juste que quand je rentre chez moi, je dois réprimer mon réflexe de l'appeler, et je ne peux m'empêcher, pendant les premières secondes, de le chercher. Je sais que je m'empêche de lui verser mes restes de lait dans un bol. J'évite de regarder les innombrables traces de pattes qu'il a fichues sur tous nos murs, et je ne me décide pas à les nettoyer, maintenant que ça ne serait pas temporaire et vain.

 

 

Je pense que ce qui me tenaille, c'est la disparition. C'est fou ce qu'un tout petit être vivant comme celui-là pouvait prendre de place, fou alors aussi le vide qu'il laisse. C'est fou ce que ce vide rappelle tout sournoisement d'autres vides, laissés ailleurs, ou plus tôt. En ne provoquant qu'une chose, l'envie de fuir.

L'envie de fuir, ou alors (phase 3 inside) l'envie qu'il soit à nouveau là. Il ne m'aimait pas beaucoup, mais moi j'avais eu besoin de lui, et j'en aurais eu besoin encore.

 

 

Mon abruti de chat.





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