Sang real

Publié le par Maylala


Tout son bras gauche est engourdi. Elle ne saurait plus dire d'où le sang s'écoule, bien sûr, elle pourrait regarder, mais elle ne veut pas. C'est un comble, elle a peur du sang, et pourtant elle a fait ce choix.

Son cerveau aussi est engourdi. Son champ de vision est rétréci, ses oreilles bourdonnent, et elle n'arrive plus à penser clairement. Mais tout ça n'est peut-être que psychologique: elle a perdu, en fait, très peu de sang. Pourtant, il lui semble qu'il s'écoule hors d'elle depuis une éternité. Elle attend la fin, mais la craint aussi: et si c'était douloureux?

Elle pense à ses blessures d'enfant: au sang rouge vif qui apparaissait alors, un sang épais, collant, qui coagulait bien vite. Un sang de guérison.
Elle était alors fière de porter les marques de sa bravoure (c'était à peine si elle avait pleuré). Elle était fière d'avoir le sang rouge, et de pouvoir se dire que cela faisait sa noblesse. Elle se sentait humaine et forte.

Enfin, elle a eu le courage de regarder (parle t-on de courage pour un acte inutile mais difficile?). Ce sang-là est sombre, et affreusement liquide. Ce sang-là ne lui procure aucune fierté, ce n'est que de l'essence pour corps. Ce sang-là lui donne la nausée, elle se voit et se sent tomber dans un puits sans fond. Ca n'est que sa tête qui tombe, en fait. Dans un moment de lucidité, elle se dit que c'est son cerveau qui demande à être irrigué.

Et on lui soulève les jambes. Et elle se sent mieux. Elle se sent bien comme au moment pile où elle s'endort. Un picotement. "C'est fini", lui dit-on. "Attendez un peu pour vous lever, vous voulez un jus de raisin?"

Et elle s'en va comme elle est venue, juste un peu plus faible et plus légère, et sans un regard pour les 450 mL qui désormais ne sont plus siens. Après tout, donner son sang est un acte banal.







ps: dans la veine (ah ah) du "aidons le monde": aidez Haïti

Urgence Séisme Haïti

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