Un jour de vacances - première partie

Publié le par Maylala

J'ai toujours détesté les vacances.
Celles qui s'annonçaient comme les pires de ma vie datent de deux ans environ.

Ceux qui suivent peuvent se rappeler que j'avais perdu ma carte d'identité, que je n'avais pas de passeport, que je ne pouvais donc pas rentrer à La Réunion comme tous les étés.
Ceux qui ont vu les choses d'un peu plus près savent aussi que j'étais alors seule, très seule, et presque sans le sou. Que je sortais plus ou moins d'une relation vaguement amoureuse (mettons qu'elle ne l'était que de mon côté) qui m'avait laissé de sacrés bleus au cœur. Que j'avais même quitté mon boulot, un peu en avance, pour prendre l'avion et rentrer au plus tôt. Que le sort, sur ce coup-là, donnait le meilleur de son art en termes d'ironie et d'acharnement.


J'étais, en bref, malheureuse comme un chien, et desœuvrée comme Mère Théresa en Norvège.


Et puis, un jour, il a fait beau.
Ce jour-là, je crois que j'ai réalisé que je n'étais pas tout à fait sans ressource. Il me restait une carte de bibliothèque, une armoire toute remplie du plaisir de se vêtir légèrement, des jambes solides, un passe Imagin'R, et du temps riche de ce que je ne pouvais le consacrer qu'à moi.

Ce jour-là, je ne sais plus bien comment, je me suis retrouvée au parc des Buttes Chaumont, le plus haut et le plus au soleil qui soit, allongée sur l'herbe au milieu d'autochtones allongés sur l'herbe, rougissants et plus ou moins dévêtus.
Pour la première fois depuis bien longtemps, je me laissais aller au plaisir d'être là, sans abandon tout de même, car "en contrôle", pour ne pas laisser mon esprit s'aventurer ailleurs qu'en l'instant présent. Vous savez? Quand l'estomac se serre, à la moindre évocation, quand la douleur est là juste avant l'idée, et qu'il faut lutter pour la ré-enfermer, vite, avant qu'à deux, douleur et idée douloureuse, elles ne prennent toute la place...



Il était à côté, torse nu, avec ses lunettes de soleil de beau gosse, son teint hâlé et ses cheveux un peu longs, un peu en désordre. Je lui trouvais une (jolie) gueule d'Italien, je me laissais aller à regarder ses vrais de vrais de muscles qui tendaient sa peau qui devait gentiment cuire comme la mienne (car je suis persuadée que les peaux blanches ne ressentent pas de la même façon la morsure du soleil). Et il me souriait tout le temps, d'un sourire que je n'ai jamais compris, ce que j'ai attribué plus tard à la différence de culture. Aussi subtilement et profondément qu'une barrière de la langue. Que l'on a connue aussi.


Je peux me rapprocher et venir discuter avec toi?, qu'il me demande finalement, avec son accent souriant.
C'est peut-être un relou de bas étage, du genre de ceux dont je sais les vains projets, et que j'envoie gentiment bouler en règle générale, mais ses vrais de vrais de muscles, comme je n'en ai jamais approchés, attisent ma curiosité et surtout flattent mon orgueil de bout de femme. Alors j'acquiesce.

Il me raconte qu'il est peintre, quel genre de peintre? Plutôt "déco intérieure", et il a eu une "boîte", il ne dit pas qu'il ne l'a plus maintenant, c'est juste sous-entendu, il reste flou, alors je suis floue aussi, de toute façon, les Maths, ça n'a jamais intéressé grand-monde. Il veut que j'essaie de deviner son âge, son pays d'origine ("ti as lemarqué mone accent?"), il me demande de quoi parle mon livre, il a l'air de m'écouter mais en fait il me regarde parler. Et plusieurs fois il me dit qu'il me trouve très jolie, qu'il m'a repérée dès le départ, et je ne comprends pas cet intérêt pour rien que moi de la part d'un mec objectivement pas mal (à ce moment-là j'ai sûrement oublié ma mini-jupe et ma dégaine de gamine perdue).

 

 

Il propose d'aller ailleurs, demande s'il peut me prendre la main, ouais stu veux, et s'en sert de pivot pour me voler un baiser. Je participe sans y penser.

 

A partir de là, le niveau d'exercice du contrôle peut descendre, la distraction se charge d'une partie du boulot.



C'est incroyable, dit-il, on s'est tout de suite plu toi et moi, ça m'est jamais arrivé. Mouais. Il n'a jamais rencontré de fille aussi facile à embrasser, traduis-je intérieurement.

 

 

 

A ce moment précis, il n'y a personne dans ma vie, ce qui signifie qu'il n'y a personne pour me juger. Et aussi qu'il n'y aura jamais personne pour me comprendre...




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ours bipolaire 09/01/2013 15:24


Hum commenter plusieurs mois après un article a quelque chose d'assez vain, et pourtant d'assez attractif, c'est comme si on feuilletait le livre de sa vie en s'arrêtant sur une date donnée avec
le pouvoir jouissif de redécouvrir et de le réécrire un peu avec ce que l'on a appris depuis... Bref, c'est un prologue assez vain lui aussi...
J'ai compris pas mal de chose depuis cet article, déjà qu'en effet on n'échappe pas à ce qu'on est, il s'agit juste quand on l'a compris de l'assumer ou pas, et là c'est une autre histoire...
pour la deuxième phrase, malgré tout le respect que je te dois à mon tour, je ne la trouve pas aussi débile, alors oui elle est dépressive mais être dépressif ce n'est pas si mal au fond, les
inventions les progrés viennent souvent des dépressifs... et pour parler de moi je suis riche de pleins de choses que j'ai perdues, comme mon insouciance, ma confiance en moi, mon ballon de foot
emporté par le cyclône, etc...
pour le reste on se connait un peu mieux maintenant, et il y a une chose par laquelle je voudrais terminer ce commentaire, réécris s'il te plait, parce que tu es douée pour ça, et même si tu en
doutes, crois moi tout reviendra... ;)

Maylala 14/03/2013 22:57



:)
espèce de dépressif heureux, va!



ours cartésien 13/06/2012 08:59


Ce commentaire ne répondra pas vraiment à ton article, juste pour la première fois depuis longtemps, je feuillette ton blog, en me souvenant de ce qui faisait que j'y passais des heures il n'y a
pas si longtemps.
A chaque mot il me semble te connaître mieux, à chaque image que tu évoques, j'ai l'impression d'y appartenir. je ne saurais jamais écrire comme tu le fais...
Il y a une chose que je n'ai pas eu le temps de te raconter, j'espère que tu me liras, un jour mon père m'a pris à part, j'avais à peu près 8 ans, je le voyais pour la première fois depuis des
lustres... il voulait juste me dire : " ne sois pas comme moi, jamais ". Sur le moment, je n'ai pas compris, si il y a bien une chose que je voulais à 8 ans, c'était être comme mon papa, capable
de porter mon monde sur ses épaules en le rendant beau la plupart du temps.
Ce soir je repense à cette phrase... On n'échappe pas à ce qu'on est...


[...]


Mon père m'a aussi dit " on n'est riche que de ce qu'on a perdu "... à ça aussi je repense...

Maylala 13/06/2012 09:20



J'ai un peu modifié ton commentaire, j'espère que tu ne m'en voudras pas, c'est que je veux éviter les éléments trop personnels, je modère maintenant mes commentaires exprès pour ça.


Merci pour ce que tu dis de ce que c'est que me lire, tu dois avoir une vague idée de comme ça compte pour moi, et je peux te dire qu'en des moments pareils, ça compte même énormément.
L'écriture, ça doit être le seul état où je goûte ma propre présence. Ça, et être allongée au soleil avec de la bonne musique bien fort dans les oreilles. Ou en mangeant de bons sushis. Bref...


Effectivement, ton commentaire répond peu à mon article :) mais je vais tenter d'en dire quelque chose, à demi-mot, quand même.


Mes parents ne m'ont jamais dit de ne pas être "comme eux". Ma mère, en particulier, m'a toujours présenté ce qu'elle a fait dans sa vie comme de simples faits, jamais en y ajoutant de jugement
de valeur, jamais avec des "si seulement". Tout le passé comme une histoire. Comme en prologue à Antigone, les personnages ont été placés là, avec leurs personnalités, et le contexte qui les
entoure. Quand tu appuies sur Play, il n'y a plus à chacun qu'à jouer son rôle.


Et surtout... Aucune histoire n'est semblable à une autre.


En bref, tu ne seras ni n'a jamais été comme ton père, et non, on n'échappe pas à ce qu'on est, mais on ne sait ce qu'on est qu'en le vivant et en s'écoutant soi, pas les autres. On ne sait
jamais rien à l'avance, ni de l'extérieur, ni de l'intérieur. A mon humble avis.


 


Et quant à sa deuxième phrase, à ton père, bah soit je suis débile, soit c'est sa phrase qui l'est. Avec tout le respect que blablabla, c'est une théorie de dépressif à la con.



ours cartésien 12/06/2012 00:58


Ce commentaire ne répondra pas vraiment à ton article, juste pour la première fois depuis longtemps, je feuillette ton blog, en me souvenant de ce qui faisait que j'y passais des heures il n'y a
pas si longtemps.
A chaque mot il me semble te connaître mieux, à chaque image que tu évoques, j'ai l'impression d'y appartenir. je ne saurais jamais écrire comme tu le fais...
Il y a une chose que je n'ai pas eu le temps de te raconter, j'espère que tu me liras, un jour mon père m'a pris à part, j'avai à peu près 8 ans, je le voyais pour la première fois depuis des
lustres... il voulait juste me dire : " ne sois pas comme moi, jamais ". Sur le moment, je n'ai pas compris, si il y a bien une chose que je voulais à 8 ans, c'était être comme mon papa, capable
de porter mon monde sur ses épaules en le rendant beau la plupart du temps.
Ce soir je repense à cette phrase... On n'échappe pas à ce qu'on est...
bref, finalement j'en resterai là, je ne trouve pas les mots, et tu n'as pas envie de me lire.
Mon père m'a aussi dit " on n'est riche que de ce qu'on a perdu "... à ça aussi je repense...
dsl mon commentaire ne veut rien dire, supprime le...

Maylala 14/03/2013 23:06



Bonjour,


Certes, on n'échappe pas à ce que l'on est, mais ce que l'on est nous échappe!


Si ça se trouve, tu es quelqu'un qui est toujours malade jusqu'à tes 26 ans et demi à peu près et en parfaite santé toujours à partir de là. Tu vois, une fonction définie par une indicatrice?
Elle a toute une identité rien que pour elle, ce qui ne la prive pas d'une certaine complexité, et ne la prive pas non plus de surprendre tout le monde de temps en temps!

Oh, et la phrase de ton père est débile, si je puis me permettre avec mon tact habituel. Voilà comment on rend ses enfants un peu tarés.


Bises :) :P ;)