Leur modèle
Avec mes américains, et avec d'autres personnes acquises au christianisme avec qui j'en ai discuté, il a été question de la "personnalité" de Dieu. Je crois qu'ils n'auraient pas pu trouver mieux s'ils avaient voulu m'en éloigner définitivement.
D'abord, il y a eu ceux qui croyaient au déluge, au veau d'or, en fait à la Bible en général, et à ses moments les plus sanglants en particulier.
Je vais même vous avouer qu'hier, je suis allée assister à une messe, à Notre-Dame de Paris. Et que très justement hier, le passage qui a été lu racontait qu'un homme avait déplu à Dieu, genre, il en avait tué un autre. Alors Dieu lui aurait promis, en gros, qu'il serait dévoré par les chiens et que sa famille serait "maudite" sur plusieurs générations. Après, tout effrayé le pauvre bonhomme, il aurait jeûné, porté un habit de pénitence, des trucs comme ça, et alors Dieu, dans sa grande générosité, aurait changé d'avis, disant à peu de choses près, "tu t'es humilié devant moi alors tu ne seras pas dévoré par les chiens, et y'a que ton fils qui prendra".
Dieu comme être vengeur, vaniteux, jaloux, colérique, et cetera.
Et même sans ces histoires.
On m'a dit: "il faut faire la différence entre l'oeuvre de Dieu et celle des hommes". Admettons. Les guerres? Notre faute. La misère? Notre faute. Les maladies? Notre faute. Nos chagrins d'amour, nos peines existentielles? Notre faute. Et même, les tremblements de terre et autres catastrophes naturelles, Dieu qui fait tuer tous les premiers nés, notre mortalité? La faute à Adam et Eve, c'est à dire, notre faute.
... L'existence des humains? Leurs imperfections, la curiosité qui les a poussé à cueillir la pomme? La présence de la pomme? La Sienne.
Quitte à croire en Dieu d'une façon auto-proclamée moderne et éclairée, autant le faire sans mauvaise foi. S'il est source de tout, il est source aussi de nos ennuis.
Pour moi, cette idée n'enlève rien à la possibilité de son existence, ni même de sa bonté. Je conçois volontiers que si la vie a un sens, il se peut qu'il m'échappe, j'expérimente de toute façon quotidiennement les limites de ma compréhension.
Mais voilà que ces gens de bonne volonté essaient de me convaincre qu'eux ont accès au Sens de tout ça: ce que Dieu nous envoie, ce sont des épreuves. Et réussir les épreuves, c'est "rencontrer Dieu".
Bon, déjà, c'est carrément plus précis, il faut croire en Dieu, en sa parole, en Jésus comme étant son fils ressuscité pour nous. Ca a l'air d'un détail technique, mais ça vous exclut du monde. Et ça l'exclut, tenez-vous bien, du Pa-ra-dis.
Récapitulons. Dieu crée des hommes déjà imparfaits, les envoie dans un monde imparfait, où, si vous voulez, il ne la leur envoie pas, mais il laisse une certaine vie leur arriver. Après, ils meurent, et selon que cette certaine vie leur ait apporté une révélation ou pas, ils le rejoignent au ciel ou vont pourrir aux enfers.
Impression de lecture: un grand enfant prépare des biscuits, allume le four, les y met, et puis jette les brûlés, qu'il a probablement placé trop près du grill.
Voilà ce qu'est le Dieu d'amour qu'ils me proposent.
"You see, argumente mon américaine, it's like a boyfriend. Your love for him counts because it's a choice. God wants you to have the choice to love him or not. He wants us to be free."
Tu parles d'une liberté. Alors Dieu, être tout puissant donc qui sait ce qu'il fait, a créé des cas désespérés, genre ceux qu'ont une autre religion, ceux qu'ont pas le loisir d'en avoir, et ceux qui ne veulent ou n'arrivent tout simplement pas à croire, genre moi, et cetera... pour que le "peuple élu" (façon de parler, puisque bien sûr Dieu sait ce qu'il va se passer mais ça ne veut pas dire que la présence de foi soit prédéterminée) trouve son amour très beau et très libre.
Bon, les autres aussi sont libres, du coup, mais eux, à la fin, on leur dit merci les gars zavez bien joué votre rôle, et maintenant souffrez éternellement! (Je veux bien croire qu'il y ait du sens à souffrir parfois, mais pas éternellement quand même)
Je refuse.
Je refuse l'idée d'un enfer comme d'un paradis aux portes filtrantes. Je préfère infiniment, en mourant, ne plus être rien.
Je refuse du coup de ne voir la vie que comme une épreuve, un mauvais moment à passer, et ce qu'elle contiendra comme une fatalité, pas bien grave. Je refuse de croire que justice sera faite plus haut, plus tard, et je veux le bonheur tant que je vis, pour moi et pour les autres.
J'allais le dire tout à l'heure, je refuse de croire que ce qui s'est passé a bien fait de se passer. Oui, je refuse, comme ça, sans raisonner, juste avec mon coeur et ma liberté, puisque c'est tout ce qu'ils prétendent que leur Dieu a à me donner.
Je n'ai aucun besoin d'un Dieu si ce n'est pas un Dieu qui me convienne!
Et au final, ma seule façon de l'espérer est de ne pas croire en lui. S'il est tel que je veux l'espérer, alors il ne m'abandonnera pas pour autant. Dans cette version, je suis celle qui le teste.
Et en attendant, je crois à l'humanité, ce qui n'est pas plus mal.