Une autre affaire d'intimité
Je lis beaucoup une certaine blogueuse, une de celles qui jouent à un niveau bien autre que le mien. Et j'admire souvent beaucoup ce qu'elle fait. Une putain de vraie artiste, m'est avis. Une de celles qui affirment leur souhait de devenir écrivain.
Moi, je souhaiterais déjà oser me le mettre en face des yeux, le mien, de souhait.
Pour mille et une raisons je ne crois pas être légitime.
Une de ces raisons, dont je souhaite parler ici depuis longtemps, est l'immense fossé qu'il y a entre des personnes comme elle, et des personnes comme moi, en termes de ce que j'appelle la Gravité.
La gravité c'est pour moi ce qui permet de livrer l'intime sans le ridiculiser.
Un mélange de virtuosité, de sincérité, d'universel, de vécu un peu tragique... Et de pudeur. Mais pas trop.
Pour ma part, j'ai bien souvent l'envie de cracher à la figure de la Terre entière toutes mes vérités. Pour gueuler que ce n'est pas ma faute. Pour dire fuck à l'univers, hiérarchiquement responsable de tout.
Ou bien encore pour dire que je n'ai pas honte, ni pour moi ni pour mes semblables.
Ou parfois pour témoigner de ce que je trouve beau, ou simplement remarquable, ou déterminant, ou amusant, ou particulier dans ma bulle d'existence, pour raconter tout simplement. Pour refaire vivre et donner une dimension supplémentaire à des idées, un brin d'éternité.
Mais on n'écrit pas qu'à soi, ou alors si, mais à moi ça ne suffit pas.
Or il me semble parfois n'avoir rien à raconter qui mérite d'être lu.
Etre lue pourquoi? Probablement, tout bêtement, en vertu de mon éternel et doux et cruel besoin des Autres.
Et qu'est-ce que c'est, mériter d'être lu? Continuer à être lu, tout simplement. Ne pas trop me voir déserter. Intéresser, donc. Emouvoir? Faire passer le temps, de façon pas trop désagréable. Et puis, être jugé de façon plutôt positive... Non pas du genre: "C'est quelqu'un de bien", mais plutôt: "C'est quelqu'un qui a des choses à dire".
J'ai des choses à dire. Je n'ai pas le vécu de ma blogueuse, sa façon coup de poing de tout donner, en apparence, et par surprise. Je n'ai que mon petit vécu de jeune femme de 25-ans-bientôt-mais-qui-accuse-un-léger-retard-de-maturité, mes ressentis naïfs mais honnêtes, enfantins peut-être dans les faits mais pas si simples, mes peines et mes interrogations pas trivialement résolubles par un chocolat chaud et un câlin.
J'ai ma personnalité, peut-être pas bien affirmée encore, pas marquée par les années, les aventures de dingue, les gros coups dans la gueule et les décisions fermes consécutives, pas les rides, pas les traces, pas les nouveaux mots, pas la sagesse, pas le respect de mes semblables, pas la voix que l'on écoute.
Mais je suis, et j'ai envie de le dire, et je sens en moi ce qui m'y pousse.
Essentiellement des rêveries anciennes et héréditaires, et peut-être des "capacités" (de la place pour contenir, c'est cela). Plus que d'autres? Absolument pas plus que d'autres. Mais juste... Moi aussi.
Alors pardon si je vous en dis trop, pardon si l'on ne voit pas où je veux en venir, si l'on ne sait pas quoi lui répondre, à la fille qui écrit. La fille qui écrit en a besoin pour vivre, au jour le jour, avec son éternelle bière à ue terrasse et son éternelle plume, et elle en a besoin pour exister, à très long terme, à très grande échelle, et pour avoir envie de se lever le matin.
Parce que les seuls plaisirs ne suffisent pas, et pour le plaisir tout de même de partager...
Maylala
PS: la blogueuse dont il est question, c'est par ici