Brève (bon là pas trop) d'Allemagne, 2: Tableau

Publié le par Maylala

 

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Dans mon université d'origine, les cours magistraux sont doucement rythmés par des soucis de tableau.


Il y arrive parfois, à ma grande joie, qu'un des grands tableaux coulissants se retrouve bloqué tout près du plafond, et que le professeur soit obligé de se hisser sur une chaise, ou sur un bureau, pour aller le récupérer.
Dans les amphis disposant de moins de hauteur, ce même professeur (celui qui est un peu lent et un peu maladroit) peut se mettre à calculer la meilleure succession de tableaux possibles, soi-disant pour gagner du temps, et finir par s'emmêler dans les superpositions, les ombres projetées, les éclairages trop vifs pour les élèves subitement devenus très malvoyants.

Ces entractes, à la fois reposantes et récréatives, permettent une sorte de refroidissement des circuits, plus que bienvenu au milieu par exemple d'une démonstration de trois ou quatre heures.


Vous vous en doutez bien, pas de ça en Allemagne. Les tableaux sont reliés à des cordes, les cordes saisies d'une main ferme, tirées vers le bas, petite poussée vers le haut, et hop, on continue.




Et on continue d'autant plus vite qu'en plus de n'avoir aucun souci avec les tableaux eux-mêmes, les Allemands n'ont pas non plus le moindre souci de craie. Je m'explique.

Revenons à Paris. Si on arrive un peu à l'avance dans l'amphithéâtre, on assiste, avant l'entrée du professeur, au passage de la dame des tableaux. La dame des tableaux a une brosse longue montée sur un support, une sorte de serpillière qu'elle va mouiller, puis passer, en une chorégraphie soigneusement composée, sur les théorèmes et définitions du cours qui vient de s'achever.

 

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Alors, pourvu que les tableaux aient eu le temps de sécher, le cours suivant peut commencer comme sur une page blanche, et c'est un plaisir de voir les lettres se détacher du fond tout noir.

Sauf qu'il arrive souvent que le cours démarre sur un tableau encore mouillé. Un, deux, trois tableaux, et voilà qu'il faut en revenir au premier et l'effacer, et cette fois, à la petite brosse d'école primaire, celle-là même qu'il fallait secouer près de la porte d'entrée.

 


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Sauf que la craie mouillée, ça ne se laisse pas effacer comme ça. Ce qui donnera cinq, dix bonnes minutes de combat.

D'ailleurs, la craie sèche non plus, en tout cas, pas très vite, avec l'équipement susnommé.

Alors, la première demi-heure passée, à tous les tableaux, on a droit à une petite pause. Juste le temps de regarder le plafond, les voisins, de faire un dessin dans la marge, et peut-être d'en profiter pour poser une question, soit qu'on en ait vraiment une, soit qu'on veuille gagner quelques minutes. Les plus malins des professeurs, les meilleurs, profitent eux de ce temps-là pour détailler une idée d'une façon moins formelle, ou pour annoncer ce qui va suivre. Quoi qu'il en soit, j'éprouve beaucoup de sympathie vis-à-vis de ces moments, même s'ils ont pour résultat principal un tableau noir tout blanc et tout illisible.


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Université de Bonn. Pas de dame à serpillière en vue (au fait, pardon mais oui, ce ne sont presque que des dames), et, c'est fou, pas de couche de Coccolithophoridés sur le tableau, juste des lettres blanches qui se détachent sur le fond vert.

Le professeur arrive, et comme un grand, se saisit lui-même d'une de ces mêmes serpillières, au lavabo, accomplit la même chorégraphie que ces dames, mais sur un rythme bien plus soutenu, et une fois le tableau nettoyé et trempé, fait surgir une preuve supplémentaire du génie de ce peuple...


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Une raclette! Pas celle de la "Gastro" suisse bien sûre, mais celle qu'on utilise pour les vitres, et qui sert à... racler l'excédent d'eau.

Et voilà. A chaque changement de tableau, deux aller-retour de serpillière, deux de raclette, une minute et demi, et c'est reparti.

On y lit comme dans un livre neuf, sauf que mon cerveau, lui... ne suit plus!

Publié dans brèves d'Allemagne

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