L'article (qui date de quatre mois) d'au revoir - 1ère partie

Publié le par Maylala


Il me reste une heure à passer dans Paris.

 

 


S'il n'avait pas plu, je me serais certainement rendue au Jardin des Plantes, mon jardin, celui qui est plus fort que moi, qui impose à mon coeur son rythme à lui quand je le visite, qu'il m'apaise en automne avec ses longues allées et sa vue sur château (je suis alors princesse, ou courtisane, en tout cas j'ai une robe dont l'ourlet racle la terre claire), qu'il m'intimide en hiver, avec son couvercle porté haut de nuages gris et quelques fois son manteau blanc qui semble dissimuler des secrets millénaires, qu'il me coupe le souffle quand au printemps ses cerisiers sont en fleurs (un peu plus tard, et d'un rose plus vif que partout ailleurs), qu'il m'invite toute entière à la fête et me laisse apercevoir, je crois, ce que doivent représenter pour les enfants de là-bas les vacances d'été à la campagne, chez la grand-mère.

 

 

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Je n'y suis pas mais je l'imagine tout à fait sous la pluie, mon jardin, encore plus vert, d'un vert qui engloutit les îlots de fleurs, eux qui sont un peu classés par couleur, mais assez vaguement pour n'imposer aucune rigidité. A vrai dire il n'est que poésie, mon jardin, un peu comme si les fleurs, les arbustes et les autres pousses (par exemple, on y fait pousser du blé, du blé en plein Paris au printemps) s'étaient rassemblés d'eux-mêmes, selon leurs affinités.


Les roses s'isolent un peu entre elles, mais elles sont déjà si nombreuses et si différentes qu'on ne peut les accuser de véritable sectarisme, les Ronsard, les Comtesse de Ségur côtoyant sans hauteur les Uderzo.


Quant à mes fleurs préférées, elles ne toléraient, elles, au printemps dernier (à mon dernier printemps avant longtemps), pas plus de divergences raciales que des variations dans une stricte palette de couleurs. Mais mes pavots des Alpes, blancs, jaunes, orange, rouges et roses ne vivent pas au jardin, ils y sont invités pour un temps déterminé, et sur la scène de choix que fournissent, au printemps, l'herbe verte et les soins des jardiniers, ils offrent une exposition, un spectacle. Pendant deux ou trois mois, suspendues sur des tiges, longues, solides et pourvues de poils, qui contrasteraient d'une façon troublante si on les voyait, mais qu'on ne voit pas plus que les câbles qui retiennent les décors au théâtre, les corolles en papier de soie dansent avec le vent, et figurent des centaines de papillons trop attachés à la terre pour s'envoler.


 

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