About religion and sales clerk
Il y a quelques jours, j'ai rencontré un américain et une américaine, let's call them Carrie and Big, pour ceux qu'ont compris la référence oui ya une raison mais hautement pas symbolique.
Leur première phrase: "Bonjour, can we talk to you?" aurait déjà dû me mettre la puce à l'oreille, mais voilà, quand on attend de moi que je parle pas-français, eh ben ça monopolise absolument tout mon cerveau, et en fait, tout mon cerveau n'y suffit même pas.
Alors bien sûr j'ai répondu "oui bien sûr euh yeah, sure" et le piège s'est refermé.
J'exagère, quand je parle de piège. Trêve de mystère (si le titre ne vous a pas déjà mis sur la voie), je les ai vus pour le moment deux fois, et chaque fois, ils m'ont parlé de... Dieu.
Je suis sûre que l'"aventure" suivante vous est déjà arrivée:
Vous êtes entrés dans une boutique bien trop chère ou trop chic ou tout simplement trop pas faite pour vous, pensant qu'après tout, zut, on a encore bien le droit de regarder! Sauf que non, ça n'est pas si simple, et vous avez attiré sans le vouloir l'attention de la vendeuse (ce qui était prévisible, vu comme il n'y avait pas un chat dans les rayons). Et vous avez dû subir, trop timide pour l'interrompre, trop honteux d'être entré juste pour voir, le discours de cette brave dame, et pris de sympathie, de pitié ou vaguement contaminé par son enthousiasme, vous vous êtes sentis obligé, même, d'acquiescer de temps à autre, par exemple quand elle disait "Pour un article de cette qualité, ce prix c'est vraiment donné!".
J'ai vu Carrie and Big deux fois, dont une aujourd'hui, et la fois d'aujourd'hui, j'ai eu droit à une brochure. Et c'est pile au moment où j'ai compris ce qu'était ce petit livret jaune intitulé "Connaître Dieu Personnellement" (j'aime la majuscule au mot personnellement) que j'ai réalisé la similitude. Et prendre la brochure a été l'exact équivalent, en terme de qualité du malaise, du moment où, dans la boutique trop pas-soi, on finit par essayer l'habit trop-pas-soi. Un acte de lâcheté exemplaire que l'on déguise en peur de vexer ou mieux, en ouverture d'esprit. Alors qu'il ne s'agit que de retarder le plus possible la déconfiture.
"That's the jam", ai-je appris que disent les américains pour dire "that's cool". Eh ben, quand m'a été proposé un troisième rendez vous pour jeudi, that's the jam, j'ai dit oui. Alors pour décrire ce niveau supplémentaire là sur l'échelle de la lâcheté, je n'ai même pas d'image.
Quand vous sont arrivés la boutique, la vendeuse, les acquiescements, et quand il a bien fallu vous résoudre à mettre un terme à cette histoire, courageusement, vous avez sûrement bafouillé, les yeux baissés, "je vais y réfléchir", et, malgré votre regard fuyant, vous avez assisté, tout penaud, à la décomposition du masque confiant de la commerciale en un visage humain désespéré, voire haineux. Ou bien, ayant déjà vécu une version plus douloureuse encore de cette première expérience, et vous étant alors promis de ne plus jamais faire pleurer une vendeuse, avez vous fini par lui acheter ce chapeau à plumes de dodo?
A priori, jeudi est ma dernière échéance, mes américains retournant chez eux ensuite. Alors, jeudi, il va me falloir choisir entre ces deux attitudes. Il me faudra soit être honnête, et alors les voir (c'est un peu différent) être d'abord déçus puis me regarder avec une vague pitié (bah oui, je vais aller en enfer), soit feindre un début de foi nouvelle, mais alors à coup sûr ça va me retomber sur le nez, du genre "[insérer ici mon nom+prénom+deuxième prénom], we'll see how it evolves, we'll ask you on Facebouk!"...
J'en suis réduite à espérer une alternative absolument improbable, à savoir qu'ils parviennent à leurs fins, c'est à dire à ce que l'"amour parfait de Dieu" me soit révélé.
A ce qu'ils m'ont assuré, "God comes to everyone who call him" (leur contre argument au moment où j'ai pensé m'en sortir en disant que j'attendais une révélation).
Alors, Dieu, tu veux bien te révéler à moi Jeudi 10 juin de 12 à 16 h afin de me sortir d'une situation inconfortable, steuplé?
Les pauvres.
A titre préventif, je vais me faire tatouer quelque part bien en évidence en bilingue et une fois que je saurai comment on le dit en anglais: "Cause perdue".