Le carnet de prières de la chapelle d'à côté
Il y a près de chez moi une très jolie chapelle où je me sens bien, de taille et d'ambiance familiale, presque toujours vide.
Et il y a dans cette chapelle un gros cahier où le visiteur peut écrire une prière. Ou bien, comme de toute façon on y est presque toujours seul, y lire les prières de ses prédécesseurs. Après tout, quand on écrit, il faut s'attendre à être lu. Par des curieux, par des qui s'ennuient, ou par des masochistes prêts à voir leurs malheurs tout petits en comparaison de ceux des autres, quitte à être toujours aussi malheureux, avec en plus la certitude d'être salement égoïstes. Pour ma part, je crois que j'avais aussi plus ou moins inconsciemment envie de jouer à Dieu, histoire de pour tester son degré d'utilité.
Alors bien sûr, dans le carnet, du triste. Des familles qui demandent de guérir leurs malades, de trouver du travail à leurs chômeurs, d'apporter enfin un gentil mari à leurs pauvres filles abonnées aux mauvais choix.
Du plus drôle, avec quelqu'un qui demande de la chance pour tous les élèves du baccalauréat (c'est bon les gars, on a tout compris, c'est pas le niveau du bac qui a baissé, c'est Dieu, il y a eu effet pétition, il a décidé d'augmenter le taux de réussite). Et pour tous les candidats au CAPES, aussi, oui, tous, visiblement, voilà quelqu'un qui n'a pas compris le principe des concours, ou qui a voulu taquiner Dieu, qui a une sainte horreur de l'animal, avec un serpent qui se mord la queue.
Pas mal de remerciements. Je n'ai vu aucun renvoi à une des pages précédentes, du genre "Merci Dieu pour avoir exaucé la troisième prière de la page 145", et en fait, la grande majorité des remerciements sont généraux, merci à toi Dieu d'exister, d'être là pour moi et de m'aimer, et moi aussi je t'aime (c'est que je suis bon chrétien).
Et il y a une dame, qui demande du soutien, qui en réalité surtout s'excuse, parce qu'elle sait qu'elle fait peur à ses enfants, entre ses cris et ses crises d'angoisse.
Tout ça, le plus souvent, est écrit avec beaucoup de fautes, de maladresses, et les tournures, et l'écriture sont enfantines. Ce sont des enfants qui s'en remettent à leurs parents.
Je pensais: Quel risque ils prennent, en demandant! Si ce qu'ils demandent n'arrive pas, c'est leur dernier repère, le plus fiable, le moins soumis aux aléas de la vie qui, en s'avérant impuissant, s'effondrera. Ces gens parient leur foi, probablement leur dernière carte.
Mais probablement, comme des enfants, ils s'en remettront, pleureront un peu, et croiront à nouveau. Mais chaque fois moins vite, moins entièrement.
Conclusion désabusée et aigrie: ça doit être ça, grandir.