Oh et on n'a pas de cimetières, parce qu'on mange vraiment de tout! - partie 2
J'aurais espéré que le coup du hérisson ferait fuir en courant la blonde ainsi que tous les membres de son espèce (quoi qu'évidemment j'ai du mal, moi, à comprendre que ça puisse choquer).
Mais ceci, voyez vous, n'est pas le genre de la maison.
Après avoir hurlé, tout en trouvant ça très drôle, que les hérissons sont pleins de puces et que nous étions vraiment des attardés et des sauvages de pouvoir en manger, sans écouter un seul instant ceux qui lui expliquaient avec une patience incompréhensible que ce n'est pas tout à fait un hérisson, que c'est notre gibier à nous, et que les métropolitains mangent bien des escargots... la blonde est sortie de table, a confisqué la console de jeux de son (insupportable) fils, et y a joué jusqu'à la fin de la soirée.
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Des attardés. Des sauvages.
Entendons-nous. A La Réunion, terre de métissage blablabla, j'entends tous les jours des commentaires racistes, nous ne sommes pas au-dessus de tout cela.
Entendons-nous, je comprends tout à fait que l'on puisse être choqué par des cultures différentes, qu'on puisse ne pas vouloir goûter au crocodile ou que l'on soit dégoûté par la liqueur de serpent ou que sais-je encore.
Mais ce que je ne peux pas comprendre, c'est qu'on puisse de nos jours être assez jeune, vivre dans un pays, bon, un peu ouvert sur les autres cultures, avoir des bases de sociabilité... et se permettre de dire du mal de la culture d'un peuple devant les représentants même de ce peuple, devant un repas offert par des représentants de ce peuple, et devant ses enfants.
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Le seul racisme que je connaisse, à La Réunion, le seul dont je puisse réellement parler, me semble être d'une nature différente de celui de cette dame.
Quand quelqu'un me dit par exemple "Ça zoreils minm i aim' plus zo chiens que zo zenfan", j'entends:
- D'abord, bon, une généralité injuste, tout à fait exagérée, et qui perd de plus en plus de sens.
Autrefois, les réunionnais ne laissaient pas leurs chiens entrer dans leurs appartements, ne leur achetaient pas de pâtée mais leurs donnaient juste des restes, et ne s'inquiétaient pas de vétérinaire non plus. Ça change. Cela dit, je ne connais toujours aucun réunionnais vivant à La Réunion qui n'ait que son chien pour compagnon, parce que familles unies, parce que voisinage amical, et cetera.
- Ensuite, j'entends un réflexe communautaire. "Ils ne sont pas comme nous, et toi, je te considère comme partie du nous qui n'est pas comme eux".
Il faut bien que les peuples se définissent. Je préfère, cela dit, que l'appartenance à un peuple ne consiste pas en la non-appartenance à un autre. Et la Réunion a bien assez de richesses pour ça. Dommage que l'on se place dans une optique pareille, comme si on était sur la défensive. En fait, on est sur la défensive.
- Et pour finir, ce que j'ai peur de voir sous-tendre à chaque fois, venant d'un peuple qui est soi-disant un modèle de tolérance... c'est l'affirmation que "comme nous, c'est mieux".
Eh bien ce repas m'a permis de comprendre que ce n'est pas exactement ça qui est sous-(en)tendu.
Le racisme dont je vous parle est plus interne. Les phrases de ce genre ne sont pas prononcées face aux personnes qu'elles attaquent.
On pourrait croire à de la lâcheté, mais ce n'est pas ça. C'est que réellement, elles n'ont de place que dans une cellule excluant les critiqués. Parce qu'il n'est pas affirmé que "comme nous, c'est mieux". Mais que "comme nous, c'est mieux POUR NOUS".
Et, ce faisant, il est admis, assez humblement, que les autres modes de pensées sont un mystère, qu'il est normal qu'on ne les comprenne pas, et qu'on ne peut donc pas les juger.
Ce n'est pas suffisant, mais c'est, à mon avis, le premier pas vers une vraie tolérance, profonde et sincère.
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Beaucoup de personnes, venant de toutes sortes d'horizons, ont fait ce premier pas, évidemment, et heureusement.
Les raisons en sont diverses, et sont probablement à la fois culturelles et personnelles.
Pour les Réunionnais, je pense que l'Histoire a été déterminante: l'île a connu des périodes de grande misère qui ont touché tous ses habitants, de toutes couleurs de peau et de toutes cultures. Quand on a tous faim, on est tous égaux.
Maintenant revenons à la blonde.
Agissant comme elle agit, trouvant cela très amusant, n'imaginant même pas que sa réaction est blessante... elle démontre allègrement qu'elle se sent être "la norme". Et croire être la norme, c'est croire posséder une autorité inébranlable, et c'est aussi se sentir supérieur.
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Jusque là, il n'a été question que d'un cas assez extrême, le premier aussi radical que j'aie rencontré. Une dame, qui, clairement, n'a pas appris à prendre l'autre en considération (et qui éduque ses enfants de la même manière).
Mais maintenant, je me demande où est la limite. (Je sens que ça va faire débat, enfin j'espère.)
Est-ce qu'on a le droit de se "moquer gentiment" de l'accent de quelqu'un d'autre? De ce qu'il mange?
Est-ce qu'il faut que ça soit quelqu'un que l'on connaît bien? Faut-il préciser après coup, "je rigole hein tu sais que je rigole"?
Est-ce toujours clair qu'il s'agit de gentille plaisanterie? Peut-être que d'autres points de vue, la blonde avait juste beaucoup d'humour et voulait simplement nous taquiner?
Personne ne l'a réellement remise à sa place ce soir-là, et c'est ce qu'il y a de pire, à mon avis, dans cette histoire.
La fierté n'est pas toujours une bonne chose, mais elle est parfois nécessaire. On aurait dû, j'aurais dû réagir. Certes, ça n'aurait mené à rien d'autre qu'à gâcher un repas, la blonde étant, m'est avis, un cas désespéré.
Mais à force de se laisser faire, c'est bien connu, on encourage.
Alors, pardonnez-moi si, à l'avenir, je vous semble... sur la défensive.
[nb: l'image de Sonic (que vous aurez reconnu) vient de ce site. Je trouve décidément de bien belles images de hérissons.]