Osez Joséphine
Cette image vous dit-elle quelque chose?

Contexte:
* Cette affiche fait partie d'une campagne menée par l'association OLF. Afin de... mais lisez plutôt. En tout cas, il s'agit de porter votre attention sur le cli-to-ris.
* Le clitoris (je rappelle pour le principe) est un organe du sexe féminin, aux dernières nouvelles dévolu au seul plaisir. Il n'y en a qu'un petit bout, en général, qui soit apparent, et normalement, quand on y touche, pour parler sobrement: ça fait de l'effet.
Et depuis un moment, toute une part d'Internet, et sûrement aussi de la vraie vie (je ne sais pas, moi, d'où je suis), ne parle que de ça. C'est que la campagne, de toutes parts, ne plaît pas.

Il y a des détracteurs du principe, mais pas beaucoup. Des gens qui estiment qu'on ne parle pas du sexe féminin non mais voyons, il en reste encore peu qui croient pouvoir être réellement entendus.
Après, il y a les autres détracteurs, les non coincés, que je classifierais ainsi:
Niveau 1): Les personnes qui crient au scandale: certains, parce que la campagne réduirait la femme à son clitoris; d'autres, parce qu'elle réduirait la sexualité de la femme à son clitoris; d'autres, parce qu'elle imposerait à la femme une nécessité du plaisir; d'autres encore, parce que le site "Osez le clitoris" ne parlerait que très peu d'excision, ou alors sans parler des droits de l'homme qui s'y rapportent...
Niveau 2): Les détracteurs féministes. C'est qu'OLF est un mouvement féministe (Osez Le Féminisme).
Et du coup, les autres féministes lui reprochent les détracteurs de niveau 1), qui selon eux vont forcément assimiler la campagne au féminisme dans son ensemble. Les détracteurs de toujours pourraient trouver là (dans la légèreté relative du thème abordé) de nouveaux moyens de les tourner en ridicule. Et de nouveaux détracteurs pourraient surgir pour de mauvaises raisons, car assurément, la campagne ne répond pas aux idéaux féministes. Cf. "détractions" de niveau 1).
Cf. aussi l'affiche. Que l'on critique tant. Que ce soit ceux qui trouvent le site, l'idée plutôt bien, mais n'aiment pas l'affiche. Ou ceux qui n'aiment tellement pas l'affiche qu'ils disent qu'ils n'iront jamais voir le site, tout simplement.
Et tout ça, moi... je ne le comprends pas.
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Je suis allée faire un tour sur le site, bien sûr.
Déjà, je trouve que les choses n'y sont pas si mal dites, ni si maladroites. Avec des mots simples, mais des précautions. Peut-être pas assez pour être parfaitement raccord avec toutes les "exceptions", et cetera (j'imagine que l'idée est aussi de ne pas être trop long ni trop lourd) ... Mais tout de même, dans sa globalité, je trouve, ça ne tape pas à côté.
Il y en a pour la défense de la non-passivité de la femme; pour le droit à être différente et à ne pas savoir forcément avoir un orgasme; il y a du très factuel, des faits "scientifiques"; et aussi, il est dit que la campagne est centrée autour du clitoris, mais qu'il n'est pas le seul vecteur de plaisir, ...
Et puis moi, cette image, je la trouve intéressante, "interpellante".

Pas du tout vulgaire :
Des jambes écartées, c'est encore le seul moyen d'y voir là dessous.
Et on n'écarte pas les jambes que pour des actes sexuels! On peut les écarter chez le gynéco, aussi. Ou (puisque la référence à L'Origine du Monde est revendiquée) pour accoucher.
Et quand bien même l'idée serait un acte sexuel (le but est tout de même de parler de plaisir)... je ne trouve pas grossier de le montrer comme ça. Avec un dessin un peu naïf, un peu BD, un trait qu'on peut trouver intéressant. Oh, et avec des poils.
Je ne vois aucunement le rapport avec les inquiétudes féministes vis-à-vis de l'image de la femme à la télévision par exemple. Ce n'est qu'un dessin, encore une fois!
Qui plus est, à ceux qui diront que ce n'est tout de même pas très fin, je rappelle que c'est un dessin du clitoris en entier. Un dessin qui du coup rappelle un peu les croquis de Biologie, ce qui est bel et bien une manière de le rendre encore moins vulgaire (ou alors au sens de la vulgarisation scientifique, que je trouve être une bonne chose).
Et c'est l'occasion de voir comment il se prolonge "à l'intérieur".
Et figurez-vous que depuis que j'ai appris à quoi ça ressemble, ce truc, à l'intérieur, moi, eh bien, j'y pense très peu, si peu qu'en fait, que je suis à chaque fois à la limite de l'oublier. L'affiche a cet indéniable mérite de rappeler mon anatomie à mon bon souvenir.
Et je sais qu'en réalité beaucoup de femmes n'ont même jamais su la taille ou la forme de la bête.
Ce n'était pas au programme de mes cours d'éducation sexuelle, par exemple, donc j'ai des doutes, déjà, au sujet des filles de ma génération.
Je vous avoue que ça m'étonnerait beaucoup que toutes mes "taties" le sachent. Je suis quasiment certaine que ma grand mère ignore tout de tout ça.
Et ma petite soeur... Le sait-elle, ma petite soeur, du haut de ses 14 ans? Quand l'apprendra t-elle? Comment?
On peut se demander... savoir, d'accord... mais pour quoi faire?

Eh bien moi, qui pourtant me faisais l'impression d'être assez ouverte, moderne, informée... j'ai appris des choses sur ce site, et j'ai alors eu une idée de pourquoi il me fallait savoir.
Par exemple le fait qu'on peut bien le sentir, le clitoris, sous le capuchon et encore plus haut.
Alors... eh ben j'ai vérifié. J'ai essayé d'en suivre les contours tant que j'ai pu (oui, avec les doigts). Puis de mieux localiser mes sensations. De visualiser les "ailes de papillon". Ceci, avec pour état d'esprit une sorte de bienveillance, de sérénité.
Je me suis d'abord étonnée de ne l'avoir jamais vraiment fait avant, puis je me suis dit qu'à ce genre de choses, oui, il faut parfois être "amené", d'une façon extérieure, et être apaisé quant au bien-fondé de l'expérimentation...
Et j'ai trouvé ça très intéressant. Non, je ne vais pas détailler, ne fuyez pas. Juste dire que je pense que ressentir du plaisir, globalement, est important.
Qu'en étudier les subtilités, en jouer (faire sa cuisine...) est intéressant pour quiconque est un peu curieux de façon générale.
Que les jouissances établissent une sorte d'harmonie avec l'univers, et qu'elles sont à la base du goût de vivre, de la connaissance de et de la paix avec soi-même.
Que celles qui viennent du corps, avec leurs manies de s'inviter un peu malgré soi, leur capacité à nous surprendre, et leur côté incontrôlable, nous rappellent, hmm, à ce que la nature nous offre, en échange de rien.
(Bon, et pardon pour le lyrisme)
Et bien sûr, que les plaisirs sexuels sont particuliers, en ce sens qu'ils ouvrent souvent, à un moment donné, vers l'autre, vers le partage, la communion, la coopération, l'amour parfois. Que le sexe, globalement, n'est pas un enjeu si léger et ridicule qu'on peut le dire.
Et que ma petite soeur, mes tantes et ma grand-mère auraient effectivement tout à gagner à se pencher un peu sur leurs clitoris.

Après, ce que ceci à à voir avec le féminisme... Peu m'importe.
Je n'y connais rien. Ce n'est pas mon combat, car les miens, de combats, sont toujours soit deux fois plus larges, soit bien plus restreints.
Mais il me semble que le féminisme ne défend pas que le féminisme lui-même. Il défend certaines causes. Je me sens investie dans certaines de ces causes, certaines bénignes, d'autres plus fondamentales, mais j'ai quelques soucis avec le mouvement dans son ensemble, et avec les mouvements dans leurs ensembles en général.
Alors le jour où veut me faire m'intéresser d'un peu plus près à mon clitoris, je le fais si je le veux, de la façon dont je le veux, et ceci, sans penser à qui m'y pousse ou pourquoi. Sans me méfier de ce que les influences extérieures voudront y mettre...
Puisque, on en dira ce qu'on voudra, mais entre lui et moi, ça reste (même si j'en parle ici) une affaire trèèèèès personnelle.