Age d'or en Eden

Publié le par Maylala

Je discutais avec une amie à propos de la triste enfance que doivent avoir, nous semblait-il, les natifs des grandes villes.
Triste, bon, peut-être pas, toute enfance recèle de la magie, mais il faut bien admettre que les nôtres, enfants de la Nature, enfants des îles, enfants de La Réunion, ont un parfum bien plus pur de jardin d'Eden.

Dans la vie de tous les jours, déjà, du vert partout. En revenant de l'école, on croisait des champs de canne, des fleurs dont on aspirait le nectar, des plantes qui réalisaient les voeux, des brins d'herbe musicaux... Il y avait aussi les arbres de la cour, sur lesquels on grimpait, qui devenaient des châteaux aussi bien que des montagnes, et qu'on aimait comme les plus fidèles des amis.

Etaient aussi nos amis toutes sortes d'animaux. Malgré les odeurs et le bruit, on observait les poules et les canards, on nourrissait les cabris, on s'émerveillait devant les vaches, on tremblait face aux cochons. On tentait d'attirer les escargots dans telle ou telle direction, en observant, mi dégoûtés, mi fascinés, le dessin brillant tracé  derrière eux. On attrapait des chenilles qu'on plaçait dans des boites débordantes de feuilles soigneusement sélectionnées, et on espérait assister à leur transformation. On soignait à notre manière les oiseaux blessés.

A la montagne (on dit: "dans les hauts"), on construisait des cabanes. Quelle responsabilité sentait-on peser sur nos épaules! Chacun avait son rôle sur le chantier, et chacun, qu'on ait été deux ou dix, se sentait fier d'avoir apporté sa branche à l'édifice. Et quand il fallait repartir, on se sentait, à nos âges, déjà nostalgiques de ces quelques heures de bonheur.

A la plage (et dire que dans la vraie vie, la plage est réservée aux vacances!), on plongeait, les yeux ouverts malgré le sel, pour observer le fond de l'eau, repérer les oursins, ou pour surprendre les plus petits. On jouait au requin, au noyé, on se faisait jeter dans l'eau par les adultes les plus sympathiques, ou tracter par les plus courageux.
Dans le sable, on cherchait des coquillages, on poursuivait les petits crabes, on s'enterrait, ou encore, on construisait des châteaux qu'on avait, là aussi, du mal à quitter le soir venu.

A la rivière, lors des grands pique-nique familiaux, nous étions bien sûr les premiers dans l'eau glacée. Très vite, on partait à la recherche des plus beaux "toboggans", et on se défiait les uns les autres de s'y risquer. Et on se défiait soi-même, et on avait très très peur, et puis on se lançait. Décharge d'adrénaline, vitesse, gouttes d'eau diffractant le soleil en milliers d'arcs-en-ciel, perte des repères, puis émergence. Et mal aux fesses, mais on recommence!
Et quand la faim nous poussait à sortir, on avait des bleus, on tremblait, mais on pensait que pour rien au monde on ne voudrait être quelqu'un d'autre que soi.

*


Bien sûr, il y avait quelques drames. On formait avec les cousins et cousines une micro société, avec ses quelques fâchés, pleureurs, bagarreurs et délateurs. Il y avait aussi, plus extérieurement des blessés, des objets perdus, et des adultes dont on se doutait qu'ils ne nous prenaient pas beaucoup au sérieux.
Mais tous ces problèmes participaient seulement à rendre nos aventures plus vraies, et à nous les faire vivre avec d'autant plus de coeur.

*


Nous avons aussi joué aux adultes, mais il me semble, uniquement quand nous étions enfermés. Et les souvenirs que j'en ai sont beaucoup moins bons. La cruauté de l'enfance, qui n'avait rien dont se nourrir en extérieur, réapparaissait entre les murs, et malgré les trésors d'imagination que l'on déployait alors pour ne pas s'ennuyer.

Vraiment, je pense que la communion avec la Nature nous était infiniment bénéfique, et j'ai décidé que je n'y vois pas de raison rationnelle.

Non, c'était magique!


Commenter cet article

Jayce 22/02/2010 23:28


la jeunesse dorée... d' une ile ou il fait bon grandir... ;0)


Maylala 23/02/2010 00:25


Bonsoir à toi, mon plus fidèle lecteur!
Il est bien agréable de recevoir un commentaire alors que je n'écris plus du tout. J'écris plusieurs débuts, en fait, sur papier, mais je n'arrive plus à trouver de conclusion. Ca se fait, un
article sans conclusion?
Je crois que je manque de soleil et de simple douceur de vivre...