Histoire de laverie

Publié le par Maylala

Parfois la vie nous offre des moments qu'on peut prendre pour des manifestations divines, pour des hasards amusants, ou pour l'un ou l'autre sans qu'on puisse trancher.

Pour ma part j'aime à m
e dire que c'est le destin, et que c'est juste tant mieux, que ça m'aura bien fait rire, un jour pas drôle du tout. Voici l'histoire:


Je suis à une laverie de
résidence étudiante, l'esprit étrangement tranquille et léger, et en écoutant tourner mes machines à laver (une pour le clair, l'autre pour le foncé), je lis le "cahier de culture générale spécial philosophie": on m'y parle d'Aristote et d'Epicure, de vérité et de dieu, du bien et de la liberté qui nous permet de faire ce bien, sinon ça s'appelle juste du libre arbitre. 

Fin des lavages, place aux séchages, mais un seul sèche linge est libre, j'y enfourne ma première moitié, et attends de pied ferme la libération de l'autre appareil, bien décidée à ne pas me faire doubler. 

Quand la propriétaire des vêtements maintenant secs arrive, je lui laisse la place nécessaire pour procéder au retrait, et me poste non loin, quand un sinistre individu, que je sais avoir son tour après moi, me double avec un aplomb et une vitesse telles que j'en suis un temps étourdie.

Voici une version tragico épique du dialogue de sourds qui s'ensuivit:

Moi:             Pardon, monsieur Sinistre, mais c'est mon tour, manant!
Sinistre:      C'est tes affaires dans le premier sèche linge, nan?
Moi:             Oui. (à part) Sotte est-ce qu'un jour j'apprendrai à me taire?
Sinistre:      Je t'ignore royalement et j'y mets mes affaires
Moi:             Fort bien mon ame si magnanime y consent
                         Ma liberté me fait faire le bien aux méchants

(Je lis du Corneille en ce moment, peut-être que ça se voit?)

Ma première moitié de séchage en cours, et le sinistre individu parti sans un merci, je rumine en réfléchissant: après tout, je ne suis pas bien pressée, je suis zen, je suis gentille, il n'empêche, ma fierté est touchée et si je ne jouissais que du libre arbitre et pas de la liberté, je chercherais une petite ridicule et mesquine vengeance. 

C'est alors qu'entre en scène une sainte inconnue, qui vide le sèche linge de son sinistre contenu, et y installe à la place ses saints sous-vêtements. Résignée, je ne proteste pas que quand meme, si les sinistres habits sont secs, c'est quand même mon tour à la fin, et retourne à mes penseurs, et l'inconnue s'en retourne faire son rapport à dieu.

Je lis à la porte de la laverie quand Sinistre, toujours pas aimable, arrive, entre, et ressort, en colère cette fois:

Minotaure:   Parle ou crains mon courroux, dénonce sur le champ
                            La personne, le monstre, la fille dont les vêtements
                            Remplacent au sèche-linge mes sinistres habits
Moi:               Je ne la connais point, à peine je la vis
                            Qu'a t 'elle donc fait pour que vous qui etes si doux
                            Si gentil et si sage soyez hors de vous?
Minotaure:   Vois! Mes chaussettes sont encore toutes mouillées
                            J'embarque mes affaires et furieux je m'en vais

(Avez vous remarqué que, dans les deux scènes, les dernières paroles du méchant commentent l'action? C'est un moyen pour l'auteur de faire deviner qu'en fait, Sinistre et Minotaure ne parlent pas et juste font tout ça au mépris de leur interlocutrice. Les vilains.)

 

 


 Et voici maintenant la morale de cette histoire: j'ai été vengée par une inconnue que je dis sainte mais qui n'est quand même pas très sympa non plus.

 

Donc... j'ai un peu gagné sans même me salir les mains. 


Et ça tombe bien: j'aime gagner.

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