Brève d'Allemagne 7 - Du bon côté de la ligne

Publié le par Maylala

 
J'ai eu la chance d'effectuer, pendant mon Erasmus en Allemagne, un "stage de compétences inter-culturelles".


 

Ça a été (mais ce n'est pas le sujet) une des meilleures parties de mon séjour, puisque ça a compris une union ponctuelle mais forte avec d'autres personnes, étrangères ou allemandes, par la simple communauté de manque de sommeil. (C'était pendant le week-end du Kölner Lichter, par exemple, et en tant qu'hôtes allemands de plus en plus conscients de nos devoirs en tant que tels, nous nous devions d'arriver à l'heure le matin.) (On aurait dit un peu la prépa pour la Communauté du Manque de Sommeil et de la Souffrance en Général, et j'en profite pour envoyer mille baisers à mes camarades de khôlle, à mes voisines d'internat, et -surtout- à mon prof de Maths* s'ils passent par là!)


Si vous êtes familiers de ce genre de stage (du genre: stage d'entreprise pour la gestion du stress, pour la communication avec les concurrents, pour éviter à la boîte de se faire poursuivre pour harcèlement sexuel, ... - moi, je n'en suis pas familière), vous savez qu'on a un coach, quelques discussions, quelques présentations powerpoint, et surtout une flopée exercices très participatifs et carrément ludiques, avec des bouts de cartons colorés et beaucoup d'énergie dépensée.

 


Un de ces exercices consistait à, pour chacun, placer son pays de l'un ou de l'autre côté d'une ligne tracée au sol, selon qu'on le sente plus proche de la description associée au côté droit ou à celle du côté gauche.

Par exemple, quand il s'est agi d'individualisme/collectivisme, l'Américaine s'est placée tout à fait à gauche, l'Iranienne, bien à droite, et moi, un peu tiraillée étant donné que pour ce genre de choses, car la Réunion ce n'est vraiment pas la France, je n'ai pas décollé de la ligne de l'incertitude, qui est (à l'image de toutes sortes de milieux et d'entre-deux-eaux) pourvue d'un sort d'invisibilité aux yeux du coach.


Un peu plus tard, le rétroprojecteur nous invitait à nous positionner sur la "masculinité/féminité" de notre pays, masculinité et féminité regroupant plusieurs concepts (dont certains pas mal sexistes au vu de cette dénomination), mais essentiellement celui d'égalité des sexes.
Devaient se placer à droite, donc, les pays les moins inégalitaires, ou plutôt, et c'est là qu'est le noeud de l'affaire (et le grand mérite de l'exercice): les personnes percevant leurs pays comme peu inégalitaire.

Bon, me disais-je en faisant défiler dans ma tête le diaporama de mes clichés, il y a des représentants de pays musulmans dans la salle, et aussi des Allemands des Norvégiens tout ça, je vais faire un mini-pas vers la droite histoire de.


Et puis, levant (à contre coeur) les yeux de mon bouclier anti-questions de coach, je me suis retrouvée face à une configuration à laquelle je ne m'étais pas attendue le moins du monde.

 


A ma gauche, donc du côté du monde où les inégalités, y'en a pas tant que ça, il y avait les Italiennes, il y avait d'autres gens, mais pas un seul Allemand, c'est-à-dire pas une seule Allemande.


Elles s'étaient toutes résolument rendues à gauche de la ligne.


A gauche, où après une discussion avec les représentants des autres pays, elles se sont rapidement rendues compte qu'elles n'avaient pas vraiment leur place, ou tout du moins qu'elles étaient, relativement aux autres (surtout à moi et aux Italiennes), mal placées.


Sauf que non. Si la position obtenue n'était peut-être pas la bonne, le mouvement, lui, avait été le bon. 

Et il en avait dit beaucoup sur nos passivités.

 

 

Peut-être que cela n'est valable que pour ces Allemandes-ci, mais ces Allemandes-ci, même si elles admettent avoir déjà beaucoup de chance, sont encore debout pour dire "Ce n'est toujours pas assez".


Et si le féminisme (ses combats légitimes) périclite en France, c'est peut-être parce que je ne suis pas la seule à simplement me contenter de mon "bon côté de la ligne", à ne pas souhaiter avoir le droit de faire dix pas, et pas un seul, vers sinon l'égalité parfaite, au moins une situation parfaitement juste.







*Gaspari, oui c'est bien lui! (Ce sous-commentaire, pour ceux qui connaissent la chanson, est très girl power et donc ... sexiste, mais tant pis!)

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